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Live report Midori Hirano @ L'Emile Vache, Metz (11-03-2009)
Par Shito, le 13-03-2009 à 23:51:00
L'Emile Vache est un café-concert situé en plein centre-ville de Metz et bien connu des messins. La perspective d'y retrouver Midori Hirano, artiste aux productions ambient electro-acoustiques n'en est pas moins étonnante, tant les lieux sont plutôt associés aux lives de jeunes pousses locales et autres groupes de rock indépendants de tous horizons. La perspective d'ouverture est louable, mais une question demeure : l'atmosphère particulière d'un bar pourra-t-elle réellement permettre d'apprécier à son plein potentiel une prestation de ce genre ?
Premier constat : si la scène est plutôt confortable et la salle plaisante, avec les tables réparties devant la scène et le bar sur la droite, on ne peut pas dire que la fréquentation soit à la hauteur, d'autant qu'une partie des rares spectateurs est venue pour assister à la première partie, assurée par un duo electro nancéen baptisé Evergreen Terrasse. Deux geeks sortis de leur antre, mais qui ont sans doute sauté quelques pages de leur manuel de socialisation. A fond dans leur trip, ils offrent une prestation scénique ultra-cheap et amateur, bien que musicalement tout ne soit pas à jeter. Le xylophone sur des boucles guitare/basse, c'est un peu répétitif et téléphoné mais ça passe plutôt bien; côté chant par contre on repassera...

Midori Hirano
Midori Hirano
Midori Hirano


Midori Hirano prend place sur scène vers 21h, assise derrière un piano, avec en soutien un clavier sampler, une pédale à loop et un laptop. Le concert démarre par l'instauration progressive d'une simple boucle, celle d'un mécanisme que l'on imagine en bois, une sorte de marteau frappant sur un clapet qui par un jeu de ressort ferait se fermer une petite trappe. Une boucle lente et métronomique, dont on finit par comprendre qu'elle n'est pas une introduction, mais la base du premier morceau sur lequel s'invitent quelques notes de piano électrique qui résonnent dans cette salle à l'acoustique excellente. Avec trois fois rien, Midori improvise (car oui, chaque concert est une improvisation sur des bases préparées) sans peine une atmosphère, sobre, poétique, chaleureuse. Le morceau s'allonge, et cette mécanique métronomique fait désormais partie du paysage sonore de l'endroit, si bien que le public finit par l'intégrer à son environnement auditif et perd son attention. A l'avant, un groupe de cinq femmes d'une trentaine d'années, apprêtées comme elles ont pu avec leur budget de période de crise et leur mauvais goût lorrain, se la jouent Sex and the City du pauvre en évoquant leurs vies sexuelles respectives. A l'arrière, les Evergreen Terrasse descendent une bière et s'aventurent aux toilettes. Aux bar, les conversations s'animent elles aussi. Midori Hirano continue pour sa part de mettre en place un cocon dans lequel les spectateurs choisissent ou non de s'installer, avec un certain flegme, un petit côté blasé, comme si elle n'était qu'un ouvrier au service de ces sons qui s'échappent, les uns après les autres.

Et puis progressivement, les sonorités en question se font plus nombreuses, et sortent des clous de ce rythme métronomique hypnotique qui se déroule depuis près de 10mn. Une forme de désordre, de chaos, pourtant tout sauf désagréable, prend le dessus. Et l'on commence à comprendre alors la démarche de l'artiste, qui prend le temps de dessiner, tranquillement, un paysage sonore qu'elle laisse s'installer, avant d'y insérer de la vie. Après un petit quart d'heure sur ce premier morceau, la boucle initiale s'éteint pour laisser place à une nouvelle atmosphère par le biais d'une transition toujours aussi lente et flegmatique. Cette fois, la vie provient du piano et du chant; un chant lent, aux notes longues, et le côté un peu éthéré des arrangements rappelle certains travaux d'Akino Arai et/ou Yoko Kanno...

Midori Hirano
Midori Hirano
Midori Hirano


Après un bref intermède de présentation dans un anglais impeccable, Midori pose cette fois une ambiance aux nuances spatiales. Sur un rythme toujours très lent, les notes d'elepian sont égrainées, tel des étoiles qui s'allument et s'éteignent tout en restant des points fixes dans le ciel, tandis que d'autres plus rapprochées et plus aigues jouent les étoiles filantes à l'apparition éphémère. La détente est totale pour qui a su s'immerger dans cet univers, mais ce "qui" n'est pas nombreux : le lieu ne s'y prête définitivement pas, la faute à l'éclairage et à une clientèle qui n'a rien à voir avec les nippophiles conquis d'avance habituels et se disperse bien trop en mondanités pour avoir une chance de se laisser porter par le courant. La boucle est bouclée avec un dernier morceau qui voit le retour de ces samples mécaniques, avec toms et snares en renfort, et une mélodie interrompue de parasites électriques et magnétiques et de sonorités qui s'emballent, matérialisant toujours une vie, une activité dans le décor dépeint par les boucles. Le concert s'achève comme il avait commencé, dans la discrétion. Les composantes électroniques s'éteignent les unes après les autres, Midori se lève, salue, remercie la foule qui l'applaudit sans doute sincèrement dans l'absolu mais sans véritable engagement, et va se poser à côté de la scène tandis que le public reprend ses conversations. Aucun rappel possible dans ces conditions, et après une heure de set l'artiste s'en va démonter son matériel. Tout simplement.

Jolie surprise que cette visite de Midori Hirano, venue le temps d'une heure mettre un peu de musique dans la vie des gens d'un petit café concert messin, avant de repartir pour d'autres horizons. Car c'est vraiment de cela qu'il s'agit : interrogée sur la fréquentation et l'absence de concentration des spectateurs, Midori m'a expliqué qu'elle était tout à fait à l'aise avec ça. Sa démarche semble être de proposer, d'inviter, sans jamais s'imposer : elle instaure une ambiance, crée un univers et laisse le public libre de vivre sa vie dans cette atmposphère, tout comme elle laisse le chaos s'installer sur les loops métronomiques qui composent ses morceaux. Dans une boutique de manga comme à Colmar, où le public nippophile devant l'éternel ou tout simplement curieux s'est montré particulièrement studieux, ou bien dans un café concert d'une ville lorraine où pour le coup le public donnait presque l'impression d'être là par hasard, la démarche est la même. Seule diffère probablement la qualité de l'échange avec le public, et j'avoue une certaine frustration sur ce point, d'autant qu'il m'aura fallu beaucoup d'efforts pour faire abstraction de l'environnement et me laisser embarquer. Quoi qu'il en soit cette soirée fut l'occasion d'une bien belle découverte, et j'espère avoir l'occasion de retrouver Midori Hirano en live sous d'autres cieux, pour assister au spectacle en initié cette fois.

Grand merci à Midori Hirano pour sa disponibilité, à Linza pour la prise de contact et à C.Yoshizawa pour son aide toujours précieuse !
Photos : Alain Barreales, utilisation interdite sans autorisation.


A lire également, l'interview de Midori Hirano réalisée par Linza il y a quelques semaines.
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