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Article Entretien exclusif avec Bentley Jones
Par Shito, le 25-03-2009 à 12:00:00
Intrigués par son projet de cover album Jpop à la sauce Dance, nous avons sollicité le producteur et désormais chanteur anglais Bentley Jones afin d'en savoir plus sur lui et son travail sur ce projet. Voici le compte-rendu détaillé de l'entretien qu'a bien voulu nous accorder l'artiste.
Bentley Jones - TRANS//LATION
■  mimu : Bonjour, et merci beaucoup de nous accorder du temps pour répondre à nos question. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter brièvement, en nous disant qui vous êtes, d'où vous venez, et comment vous en êtes arrivé à faire de la musique?

Bentley Jones (BJ) : Mon nom est Bentley Jones, je suis originaire d'une toute petite ville d'Angleterre. J'ai commencé ma carrière en tant que producteur, j'ai fait beaucoup de remixes et productions variées pour d'autres artistes. Au fil du temps, j'ai développé mes qualités d'artiste, et aujourd'hui je commence à présenter le fruit de mon travail personnel.

■  mimu : Parlons de votre carrière. Les fans européens de dance music vous connaissent peut-être sous votre véritable nom : Lee Brotherton, producteur et directeur de la Remix Factory au Royaume-Uni. Certaines sources indiquent que vous auriez vendu plusieurs millions de disques dans le cadre de ce projet, qui vous a amené à remixer Beyonce, Britney, Cher, Madonna, Whitney Houston et bien d'autres. Et pourtant alors même que vous êtes aujourd'hui devenu quelqu'un d'important dans l'industrie de ce style musical, vous avez choisi de travailler sur autre chose, une sorte de projet "solo" sous le nom de Bentley Jones, où certes vous officiez toujours comme producteur, mais aussi où vous chantez vos propres chansons. Est-ce un bon résumé de votre parcours ? Comment et pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce projet "Bentley Jones" ? Qu'attendez-vous de cette expérience que la Remix Factory ne peut pas vous apporter ?

BJ : Au début, la Remix Factory était quelque chose de génial car il s'agit d'une marque, et en tant que producteur ça m'a permis d'attirer l'attention sur moi là où à titre personnel j'aurais peut-être été ignoré. Mais le concept de la Factory est un collectif, et avec le temps j'aspirais de plus en plus à être reconnu à titre personnel, à être crédité pour mon propre travail. Mes aspirations sont en constante évolution. Pour l'instant je me concentre entièrement sur le Japon avec mon album et (je l'espère!) le suivant.

■  mimu : Vous avez travaillé sur plusieurs bandes-son pour les jeux vidéo Sonic the Hedgehog. Il semble que ce fut votre premier contact professionnel avec le Japon, comment est-ce que ça s'est passé ?

BJ : Je travaillais sur un projet instrumental et quelques-unes des pistes ont atterri sur le bureau du directeur sonore de la Sonic Team, qui m'a invité à travailler sur "Shadow the Hedgehog", mon premier jeu. Depuis, les fans m'ont soutenu, et c'est pourquoi j'ai continué à contribuer à la série. Je travaille actuellement sur quelques morceaux pour un nouveau jeu sans rapport avec Sonic.

■  mimu : Et puis il y a donc ce projet de cover album Jpop, dont beaucoup de gens parlent ces derniers jours. On peut lire ici et là que vous vous inspirez de travaux d'artistes japonais depuis des années : par exemple, ceux de Hikaru Utada; vous avez aussi repris le tube de Shuuchishin il y a quelques mois pour une démo à votre label. Mais certaines personnes estiment également que ce projet n'a pour but que de surfer sur la vague Sonic et compenser sur le marché japonais la frustration conséquente à l'accueil mitigé de vos travaux en tant que Bentley Jones au Royaume-Uni. Alors au final, êtes-vous un vrai fan de Jpop, ou bien est-ce que tout cela n'est qu'opportunisme ?

BJ : Le Japon a toujours été un rêve pour moi, et ma priorité n°1. Mais l'année dernière lorsque j'ai soumis l'idée à mes managers au Royaume-Uni, ils ne semblaient pas accrocher à l'idée, ils souhaitaient uniquement me promouvoir dans mon pays d'origine. Je les ai donc quittés, et la première chose que j'ai faite c'est prendre contact avec des labels au Japon. Beaucoup d'entre eux ont exprimé leur curiosité pour mon projet et j'ai fini par trouver un accord avec EMI. J'aime à penser que je suis un "vrai fan de Jpop" dans la mesure où j'écoute des artistes japonais depuis des années, et où la scène J-music est un de mes centres d'intérêt depuis très longtemps.

Bentley Jones
■  mimu : Est-ce que vous vous souvenez de la manière dont vous avez découvert la musique japonaise ? Qu'est-ce qui vous plaît dans cette musique que vous ne trouvez pas ailleurs ? Et quels sont vos artistes ou chansons favoris ?

BJ : La manière dont les compositeurs japonais avec qui j'ai travaillé créent leur musique a eu un certain impact sur moi, et c'est peu de temps après que j'ai découvert Ayumi Hamasaki. J'étais à la recherche de remixes d'Above and Beyond, et je suis tombé sur leur remix de M sur YouTube. Je l'ai trouvé génial, mais l'un des commentaires disait "l'original est bien meilleur". Du coup je me suis penché sur la chanson originale, et j'ai effectivement trouvé ça incroyable ! Sans équivalent en Occident, et avec un impact émotionnel très direct. Dès lors je suis devenu accro, j'étais demandeur de toujours plus de J-music ! La musique japonaise semble être beaucoup plus fondée sur la mélodie, alors que l'essentiel de la musique occidentale est plutôt basée sur le beat et le rythme. La musique mélodique est tout simplement ma préférence personnelle et quelque chose que j'ai toujours essayé d'intégrer dans mon travail. Quant à mes artistes préférés en ce moment... j'écoute les nouveaux albums de JUJU et Koda Kumi, et puis Erik Hassle, EXILE, Alesha Dixon, Namie Amuro. Je suis très impatient d'entendre le nouvel album d'Utada !

■  mimu : En ce qui concerne TRANS//LATION, d'où vous est venue l'idée d'un album de reprises ? Et comment avez-vous convaincu EMI de le sortir ?

BJ : En réalité c'est EMI qui m'a démarché dans ce sens... Nous avons cherché un moyen de m'introduire sur le marché japonais - un pays qui n'a probablement pas beaucoup entendu parler de moi. Il semblait une bonne idée d'utiliser toute mon expérience dans la musique électronique et le remixage d'autres artistes, de sorte que le concept d'un album de reprises a fini par émerger. De là, j'ai pu réellement définir le concept de TRANS//LATION : prendre des chansons et les transformer en quelque chose de complètement différent - parfois vraiment à l'opposé ! Je ne cherche pas à rivaliser avec les originaux, car ce sont déjà d'excellentes chansons; mon but est d'offrir une autre perspective, une autre façon de vivre de ces chansons.

■  mimu : Vous reprenez de grands standards Jpop datant depuis le milieu des années 90 jusqu'à la récente collaboration JUJU feat.Spontania, tous chantés à l'origine par des popstars féminines. Comment avez-vous décidé de la tracklist de votre album ?

BJ : J'ai fait une liste des principaux grands hits J-pop de ces 12 dernières années, puis j'ai choisi les chansons, soit avec lesquelles je sentais que je pouvais faire quelque chose, soit tout simplement mes préférées ! Nous avons ensuite dû demander une autorisation aux auteurs et artistes originaux, envoyer des démos pour approbation. Ce fut un long processus, mais obtenir les feedbacks positifs reçus de telles icônes de la musique ont été une grande récompense. Beaucoup de travail, mais chaque heure passée sur ce projet en valait la peine, à n'en pas douter.

■  mimu : Vous chantez principalement en japonais: est-ce que vous avez appris la langue dans ce but, ou bien est-ce quelque chose de "naturel" pour vous après plusieurs années passées à chanter ou même simplement fredonner en japonais ?

BJ : J'apprends le japonais depuis un certain temps maintenant. Ca a toujours été quelque chose d'important pour moi de pouvoir parler aux fans -même ne serait-ce qu'un peu- lorsque je suis là-bas. Ça aide également aux relations avec les labels ou la presse, et ça montre que vous faites un effort et respectez leur culture.

Bentley Jones
■  mimu : L'album comprend aussi deux chansons en anglais, avec un tout nouveau texte et non une simple traduction. Ces deux textes ont été lus et approuvés par leur auteur original (Jeff Miyahara pour Sunao ni naretara ~FINAL NIGHT~ et Ayumi Hamasaki pour Depend on you ~Depend on me~). Pourquoi ces deux chansons en anglais plutôt que d'autres ? Quelles ont été vos principales préoccupations en ce qui concerne les paroles que vous avez écrites ?

BJ : Ce sont deux de mes chansons préférées et puisque je voulais réécrire les paroles, nous avons dû demander une autorisation spéciale aux auteurs originaux. Réécrire une chanson japonaise en anglais est assez difficile parce que les particules japonaises semblent créer un rythme à elles seules - une chose que les syllabes anglaises ne sont pas en mesure de faire facilement. Mais encore une fois, je ne cherche pas à rivaliser avec les originaux, parce que je les aime comme ils sont. Mes textes anglais sont à considérer comme une sorte d'hommage aux originaux !

■  mimu : A la lecture des messages sur votre blog, j'ai eu le sentiment que c'était vraiment un projet important pour vous, et que l'approbation de votre travail par Ayu ou Miyahara a vraiment eu un grand impact émotionnel sur vous. C'est quelque chose qui pourrait être difficile à comprendre venant de quelqu'un qui a déjà à son actif de grandes réalisations avec des superstars internationales. Quel est votre sentiment là dessus ?

BJ : Je n'ai jamais pris aucune de mes réussites pour acquises, mais dans le passé, j'ai toujours travaillé en seconde main. J'ai surtout traité avec des labels et des managers, et non pas les artistes eux-mêmes. Là pour la première fois les feedbacks venaient des auteurs et artistes originaux en personne. Non seulement ça, mais en plus il s'agit de mon propre travail d'écriture, pas simplement de la production pour quelqu'un d'autre. Que mes idoles approuvent mon travail de création personnel, ça fait un drôle d'effet, encore aujourd'hui j'ai parfois du mal à le croire ! Et, bien sûr, ce projet est très important pour moi puisque la J-music fait partie de mes ambitions depuis très longtemps.

■  mimu : Comme je l'ai mentionné au début de cet entretien, je suis sûr que vous savez qu'une partie de la communauté des fans de J-pop est assez dubitative au sujet de votre travail. Il y a eu beaucoup de projets de reprises J-pop ces dernières années, et la plupart d'entre eux ont été tout simplement ridicules, même si quelques artistes ont tout de même fait un bon travail (Scott Murphy avec et sans ALLISTER par exemple...). Vous imaginer transformant des hits typiquement Jpop, tirés de la discographie de chanteuses pop à la voix aigue et nasillarde, en pistes dance avec une voix d'européen chantant en japonais, ça a de quoi laisser sceptique. Cependant, lorsque j'ai écouté les extraits de vos chansons, j'ai été vraiment surpris par la qualité de la production musicale : dans le genre c'est d'un niveau inégalé depuis l'âge d'or d'Ayu Trance où de célèbres producteurs européens ont enchaîné les grands hymnes trance à partir de morceaux J-pop. Et en ce qui concerne le chant, et bien au final il colle plutôt bien à l'arrangement, une fois digéré le contraste de cette voix d'homme européen sur ces chansons J-pop. Comme il semble que vous passez parfois un peu de temps sur les forums J-pop, êtes-vous conscient des attentes que les fans européens et américains peuvent avoir sur un tel projet avant de le considérer ne serait-ce que comme "acceptable"? Comment cela a-t-il influencé votre travail?

BJ : Je sais que TRANS// est un concept assez unique, et qu'il doit laisser certaines personnes dubitatives, mais cela ne fait que renforcer ma motivation ! Je me suis mis à leur place, et me suis demandé "que faudrait-il pour que moi, en tant que fan de J-pop, je considère cet album comme un bon album ?" . J'en ai conclu que, non seulement la performance au chant devrait être ce que j'ai fait de mieux à ce jour, mais aussi qu'il devrait en être de même de la production. Je me suis mis une pression énorme sur les épaules, mais maintenant que tout est terminé, je sais que j'ai fait de mon mieux. Et si les gens aiment ce que j'ai fait alors c'est tout bénef' ! J'aime m'imposer des challenges, je pense que cela m'aide à faire atteindre à mes compétences un nouveau palier. Et je ne pouvais vraiment pas demander plus grand défi que TRANS // !!

Bentley Jones
■  mimu : Un mot sur les fans occidentaux. Votre label a-t-il conscience du fait que que votre album attirera probablement plus facilement l'attention de la communauté internationale que des consommateurs japonais? Est-ce que EMI a prévu de rendre le CD disponible à l'étranger ? Ou bien avez-vous personnellement en projet la promotion de votre travail J-pop en Europe, à travers des événements comme Japan Expo par exemple ?

BJ : Pour le moment, mon objectif principal est le Japon. Si je parviens à y avoir un semblant de succès, il est clair que ça m'ouvrira plus de possibilités, et m'offrira une plus grande liberté pour promouvoir mon travail japonais ailleurs. J'aimerais bien sûr participer à ce genre de conventions et expos, mais ce sera pour plus tard, je dois pour le moment me concentrer que le Japon. Toutefois je reste en permanence à l'écoute de mes fans internationaux et je fais tout mon possible pour les tenir informés par l'intermédiaire de mon site Web. Quant à l'album, il est déjà disponible à l'import en provenance via différents sites comme CDJapan, HMV et Yesasia.

■  mimu : Honnêtement, quand vous avez commencé ce projet, vous ne vous êtes pas dit que de chanter en japonais des chansons pop ultra-"kitsch" risquait de détruire votre crédibilité en tant que producteur dance sur la scène internationale ? Et si oui, pourquoi avez-vous décidé de vous lancer quand même ?

BJ : Hahaha! Pas du tout! Même si certaines de ces chansons peuvent être considérées comme "kitsch", ce sont des classiques pour une raison tout simple : ce sont d'excellentes chansons ! Ceci est indéniable, sinon on ne les qualifierait pas de "hits". De plus, le fait d'être mon propre producteur me permet d'enregistrer dans le style qui à mon sens me convient le mieux. Dès le début, ma musique a toujours été considérée comme très commerciale et très "pop" - et ce même en matière de dance music - donc je pense que TRANS// est un excellent aperçu de moi-même et de mon son. Je ne suis pas inquiet au sujet de ma crédibilité, parce que j'espère que les auditeurs apprécieront la manière dont j'ai produit et interprété ces chansons, ainsi que la préparation et l'état d'esprit qui ont caractérisé ce projet.

■  mimu : Quelles sont vos attentes quant à cet album ? Et quelles sont celles de votre label ?

BJ : Je ne sais pas ce qu'il en est de mon label, mais personnellement je suis reconnaissant de l'opportunité qui m'est offerte de travailler sur la scène J-music - c'est un rêve devenu réalité ! Avec un peu de chance cela me donnera l'occasion de faire plus de J-music. Le reste ne sera que la cerise sur le gâteau.

■  mimu : Vous avez écrit que Jeff Miyahara a fait preuve d'un tel enthousiasme quant à votre projet qu'il vous a proposé de collaborer avec lui sur un hypothétique deuxième album. Pouvons-nous en savoir un peu plus à ce sujet ? Et quels sont vos projets pour les mois à venir ? Peut-être du live ?

BJ : Miyahara a effectivement suggéré cette idée, et bien sûr, j'ai accepté ! Comment aurais-je pu refuser ? Je suis actuellement en train d'écrire et enregistrer avec Jeff de nouveaux morceaux, qui pourraient servir si tout va bien sur un deuxième projet japonais, mais à ce jour, rien n'est définitif. À la fin de ce mois, je serai à Tôkyô pour la promotion de "TRANS//", et j'en profiterai peut-être pour faire un live ou deux... La suite dépend de l'accueil qui sera réservé à TRANS//. Si tout va bien vous n'aurez pas fini d'entendre parler de moi !

Un grand merci à Bentley Jones pour sa disponibilité.
Crédits photos : Bentley Jones - EMI Music Japan.
Reproduction totale ou partielle de cette interview interdite sans autorisation.

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