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Gigolos chanteurs

Posté le 17 juin 2007 par Shito dans la catégorie Musique et Société
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Symptomatiques des bouleversements de la société nippone, les hosts clubs fleurissent dans le pays. Autant de lieux où de jeunes éphèbes épilés offrent leurs services aux dames esseulées. Et en profitent parfois pour pousser la chansonnette.

AcQuA EPVoici plusieurs années que les études sociologiques témoignent d’une inversion des rapports de force homme/femme dans la société japonaise. Loin de moi l’idée de réinventer la roue, aussi rappelerai-je simplement qu’on constate que le statut des femmes au Japon est aujourd’hui nettement moins confiné qu’il y a de cela 10 ans. A l’époque où les clichés sur les salarymen qui rentrent très tard du travail le soir étaient encore pertinents, les femmes japonaises restaient le plus souvent cantonnées au rôle de mère de famille, garantes de la cohésion du foyer et de l’éducation des enfants. Avec déjà un certain pouvoir, en cela que c’était elles qui s’occupaient des finances familiales et attribuaient donc leur part d’argent de poche à leur cher mari. La situation économique n’étant plus ce qu’elle était dans le pays, les femmes privilégient désormais leur carrière et cet épanouissement professionnel s’accompagne également, légitimement, d’aspirations sociales, manifestées par le besoin de décompresser après une journée de travail et des prétentions plus affirmées quant aux hommes qui partagent leur vie. Les effets colatéraux ne se sont d’ailleurs pas faits attendre : la jeune génération féminine ayant complètement integré ce mode de vie émancipé, sous une forme parfois très agressive, les ados nippons sont semble-t-il confrontés à de gros problèmes de confiance en eux qui compliquent nettement leurs rapports à la gent féminine, et expliquent d’ailleurs en bonne partie la montée actuelle de l’homosexualité masculine dans l’archipel. Toujours est-il qu’un nouveau besoin s’est donc créé, et pour répondre à ce besoin la société nippone a vite trouvé un bon filon à exploiter : c’est ainsi que les hosts clubs ont commencé à se répandre dans tout l’archipel, avec aujourd’hui plus d’une centaine d’établissements prestigieux ouverts aux clientes à la recherche d’un divertissement coquin.

Les hosts clubs, ou bars à gigolos pour femmes émancipées

AcQuA EP

Que sont les hosts clubs ? A la manière des bars à hôtesses bien connus, il s’agit de clubs à entrée payante destinés à une clientèle de femmes désabusées désireuses de passer un bon moment entourées d’hommes. A leur arrivée elles font ainsi leur marché parmi le catalogue de la maison, et sont installées sur de confortables banquettes où elles sont rejointes par les jeunes hommes en question, âgés en moyenne de 18 à 25 ans et composant des personnages aux pseudonymes évocateurs et aux tenues tout droit issues des shojo manga les plus rabu rabu qui soient. Outre l’alcool qui coule à profusion, les hôtes offrent toute une gamme de service à leurs clientes, qui vont de la simple discussion bon enfant à quelques marques de tendresse en tout bien tout honneur. Le sexe ne fait pas partie du menu officiel, mais il est un moyen employé tout à fait fréquemment par les jeunes hôtes pour s’assurer de la fidélité des clientes de leur établissement.

Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, c’est la dimension spectacle du service des hosts clubs. Bien souvent les employés de ces clubs sont de jeunes beaux gosses qui écument castings et auditions et possèdent donc, a priori, quelque talent artistique que leurs patrons n’hésitent pas à mettre en avant dans des spectacles de qualité fort variable en fonction des établissements. Les plus prestigieux disposent d’une ribambelle de chanteurs danseurs, qui gagnent en moyenne 3.000€ par mois pourboires non compris tout en disposant d’horaires qui leur permettent de courir les auditions en journée. La dernière mode en date leur évite toutefois ces lourdes démarches, puisque la tendance est aujourd’hui aux boys band directement montés par les gérants de hosts clubs, lesquels rassemblent leurs meilleurs éléments dans des groupes de garçons dont les singles assurent quelques rentrées d’argent supplémentaires tout en contribuant à faire la publicité de leur établissement.

Hosts Clubs versus Johnny’s Entertainment, quand les jeunes loups s’attaquent à un monstre

Club PrinceOn a ainsi découvert en fin d’année dernière le groupe AcQuA EP, dont les membres travaillent tous pour le célèbre Club ACQUA à Tôkyô, et dont le premier single MISOGI édité en Indies est entré directement en tête du top Oricon le jour de sa sortie pour finir à 30.000 exemplaires vendus et une troisième place dans les charts hebdomadaires. Plus récemment, avex a riposté avec Club Prince, du nom du club homonyme geré par le leader du groupe, Yuga, qui s’occupe déjà d’une dizaine d’hosts clubs au travers l’archipel. Cet ancien membre du boys band Kids Alive a ainsi parfaitement géré sa reconversion, et malgré des ventes relativement maigres le single Love Dokkyun, avec sa chorégraphie pathétique ostensiblement destinée à concurrencer DJ OZMA, a bénéficié d’une médiatisation sans doute tout à fait bénéfique pour ses affaires.

Tackey&TsubasaDu coup il y en a une qui voit tout cela d’un fort mauvais oeil : c’est Mary Kitagawa, soeur du célèbre fondateur de la Johnny’s Entertainment et actuelle gérante de l’usine à boys band la plus rentable au monde. Bien que le succès n’ait jamais été aussi probant qu’aujourd’hui pour tous les groupes issus de la JE (autre symptôme clair des modifications sociologiques actuelles), hors de question de se laisser concurrencer par ces nouveaux venus. C’est ainsi que les groupes issus de la Johnny’s Entertainment jouent de plus en plus la carte des coquineries destinées à un public de femmes d’âge plus mûr, avec à leur tête le duo formé par Tackey & Tsubasa, rois des facéties que l’on peut découvrir dans le rôle d’hosts dans le clip de leur dernier single X~Dame~. Un clip d’ailleurs bien plus intéressant sur le fond qu’il n’en a l’air, en cela qu’il constitue un parfait compromis entre le côté premier degré de leur rôle de gigolos de service, et le second degré caché derrière leur chorégraphie ridicule et le mauvais caractère de leurs personnages qui constitue une forme de critique à peine déguisée des employés de ces clubs, auxquels on reproche souvent, en effet, une certaine vulgarité et une tendance au raccolage un peu agressif.

Nul doute en tout cas que ce phénomène n’en est qu’à ses balbutiements, et que l’on aura l’occasion dans les prochains mois d’en avoir d’autres représentations sur le marché musical nippon. Reste que la qualité est évidemment loin d’être toujours au rendez-vous, et que cela n’est pas fait pour arranger nos affaires…

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Commentaires

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Actuellement : 2 commentaires
  1. Posté par tick le 17 juin 2007 à 20:30

    Sérieux c’est nimporte quoi quand tu dit que l’Affirmation des femmes ”expliquent d’ailleurs en bonne partie la montée actuelle de l’homosexualité masculine dans l’archipel”

    Même si un homme devient timide à cause de l’affirmation des femmes il va âs devenir gai pour autant.

  2. Posté par Shito le 18 juin 2007 à 18:19

    Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont plusieurs études que j’ai pu lire sur le sujet (ne me demande pas de te les retrouver, c’est typiquement le genre de trucs que je lis en tombant dessus mais que je ne stocke pas).

    Ce n’est pas le sujet principal de mon article donc je ne veux pas m’étendre, je vais me contenter de résumer. Il faut pas oublier qu’en Asie, et au Japon en particulier, le modèle familial traditionnel conserve une importance nettement plus marquée qu’en Occident. L’homme doit se marier, fonder une famille, c’est sur le papier un symbole de réussite et une forme d’assurance anti-dépression au retour du boulot et pour la retraite. En pratique c’est surtout avant le mariage que l’homme se doit de séduire et d’offrir à la femme qu’il souhaite conquérir des garanties matérielles. Ensuite, les choses étaient faites et le divorce, dans le modèle traditionnel japonais, restait peu fréquent. Mais avec la libération de la femme les choses changent, les divorces se multiplient et surtout les prétentions des femmes deviennent légitimimement plus exigeantes. Ceci s’accompagne d’un comportement des femmes autrement moins soumis, plus revendicateur, parfois sans gêne : la jeune fille effacée à la YUI dont rêvent beaucoup d’hommes japonais, c’est du passé. Je ne dis pas que du coup les hommes deviennent timides et préfèrent se rabattre sur leurs congénères. Ce que disent ces études en TRES RESUME, et qui m’a été confirmé par plusieurs contacts au Japon, c’est que les ados japonais souffrent d’un sérieux manque de confiance en eux face à ces bandes de filles sans gêne qui font valoir leurs attentes, notamment sur le plan sexuel, fortes qui plus est des modèles occidentaux présentés ds les séries TV. Du coup les mecs ont tendance à faire preuve de solidarité entre eux, ce qui met en place des conditions plus favorables à l’expression des homosexualités latentes qui auraient été refoulées 10 ans plus tôt. Par ailleurs, les expériences homosexuelles sont pour les jeunes Japonais, comme partout ailleurs, un bon moyen d’acéquérir une forme d’expérience sexuelle avant de se lancer dans le grand bain de la conquête féminine, laquelle est de plus en plus génératrice de stress. Du coup après avoir essayé, certains y prennent goût et optent pour poursuivre sur la voie facile des relations homo, au moins pour un temps jusqu’à ce qu’ils soient rattrapés par la famille qui attend avec impatience que leur soit présentée la future mère de leurs petits enfants…

    Si toutefois mon billet pouvait ne pas dériver sur un débat sur ce sujet forcément soumis à des prises de position délicates…

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