Voir le billet

iTunes Plus : le renouveau du téléchargement légal

Posté le 4 juillet 2007 par T'CharleS dans la catégorie Technologie
itunes-plus-le-renouveau-du-telechargement-legal

En effet, depuis le 31 Mai et la concrétisation de l’accord Apple-EMI sur le téléchargement de musique sans DRM, l’offre commerciale a réellement commencé à changer de façon fondamentale, au grand avantage des amateurs de J-music.


Petit retour sur les faits : il y a quelques mois Steve Jobs, le pourtant très protectionniste patron d’Apple, prenait à contrepied l’essentiel des acteurs de la distribution de musique avec l’annonce surréaliste d’un accord avec la major EMI pour la vente sur l’iTunes Store de morceaux non verrouillés par des DRM. Cette nouvelle avait suscité bien des interrogations car Apple, leader du téléchargement légal et maître incontesté du marché des baladeurs numériques avec la gamme iPod, avait toujours refusé de sortir de son modèle propriétaire de diffusion de la musique, au désespoir des partisans de l’interopérabilité.

Seulement, quelles qu’aient été les raisons qui ont motivé ce retournement de situation, les résultats en sont visibles depuis le 30 Mai. En effet, même si la musique sans DRM ne concerne qu’une partie du catalogue d’une seule des major, le fait est que les chansons concernées sont bel et bien disponibles via un nouveau service baptisé iTunes Plus qui se caractérise par l’absence de DRM d’une part et un bitrate porté à 256kb/s contre 128kb/s pour un contenu standard.

Des téléchargements enfin à jeu égal avec le CD

En effet, si la question de la qualité quelque peu limitée des musiques est un sujet moins brûlant que le verrouillage des fichiers, c’est un goulot d’étranglement du point de vue commercial car il exclut non seulement les audiophiles mais surtout tous ceux qui trouvent indécent de ne pas profiter d’une qualité digne d’un CD quand on paye un prix tournant autour de 1euro la piste et 10 l’album. Ceci d’autant plus que, suite à la baisse globale des ventes de disques, nombre de CDs voient leur prix chuter dans les deux ans suivant leur sortie à une dizaine d’euros, soit le prix du même album en téléchargement. A ce titre iTunes plus est une solution globale au problème : la qualité est comparable à celle d’un disque compact et l’absence de DRM garantit l’interopérabilité et la non-limitation du nombre de lecteurs sur lesquels un usager peut écouter sa musique.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Pas tout à fait : deux points noirs obscurcissent le tableau pour un grand nombre d’internautes. Le premier point est le prix, car si Apple n’a pas changé le prix des albums complets, les singles et les pistes isolées sont majorés de 30%, rien que ça ! Pire encore, après avoir annoncé, au grand soulagement des consommateurs, qu’il serait possible de mettre à jour ses titres achetés avec DRM pour des versions iTunes plus, la marque à la pomme a fait savoir que la mise à jour se ferait moyennant le paiement des 30% de différence, et ce même dans le cas d’un album entier ! Inutile de dire que des dents grincent toujours… Sans compter que si certains opus sont désormais accompagnés d’un livret numérique au format PDF, la plupart du temps l’acheteur doit se contenter au mieux de la seule illustration de couverture, en priant pour que la dite image soit d’une qualité honorable.

Le second point d’achoppement est le “tatouage” des fichiers iTunes sans DRM : si les fichiers ne sont pas verrouillés, ils incluent dans leur en-tête diverses informations dont les nom et prénom de l’acheteur. Toutefois si pendant les premiers jours les consommateurs ont crié au scandale et au bafouement de leurs droits et de leur vie privée, il semble que le soufflé soit retombé et que la majorité ait rejoint le consensus actuel qui convient qu’il aurait été plus intelligent de prévenir les clients de l’iTunes Store à l’avance mais que tout bien pesé il n’y a pas de réel dommage à avoir son nom sur des fichiers achetés, comme on mettrait son nom sur un CD ou un autre support physique.

La musique non verrouillée ne fait pas qu’être piratée, elle se vend aussi !

Reste que si l’initiative iTunes/EMI n’a rien de révolutionnaire puisque nombre de petits groupes ou labels indépendants offrent des téléchargements légaux sans DRM depuis plusieurs années, c’est un premier pas d’une major en ce sens. De plus, les premiers résultats annoncés par la marque à la pomme semblent conforter l’idée que le public achète effectivement plus quand on lui propose le produit qu’il réclame (quelle révélation !). En effet, à grand renforts de superlatifs les responsables ont annoncés que les ventes des artistes du catalogue EMI avaient augmenté de 90 à 350% en un mois, le record étant atteint parDark Side of the Moon de Pink Floyd.

Ne vous emballez pas trop vite, ces chiffres sont partiellement mensongers car ils incluent les mises à jour, autrement dit les gens ayant payé les 30% supplémentaires, par opposition aux nouveaux acquéreurs des disques. Ceci étant la performance reste belle puisque les possesseurs de chansons verrouillées ont choisi de mettre à jour malgré le surcoût ; et même si on déduit les mises à jour, les ventes ont effectivement augmenté de près de 80% en moyenne. Ces chiffres rejoignent d’ailleurs ceux qu’un des responsables du téléchargement de la FNAC.com avait donné lors d’une interview sur BFM il y a de cela un mois : interrogé sur l’offre sans DRM de labels indépendants distribués par l’enseigne il avait répondu que si le public des artistes concernés restait réduit pour des questions évidentes de promotion, une piste non verrouillée se vendait deux fois plus sur une année que son équivalent protégé.

Et la J-music dans tout ça?

Mais ce qui nous intéresse avant tout sur mimu c’est le Japon, et de ce côté là aussi l’arrivée d’iTunes plus a des conséquences non négligeables. En effet, Toshiba-EMI récemment devenu EMI Music Japan compte dans son catalogue les oeuvres d’artistes comme Hikaru Utada, Chihiro Onitsuka (sauf les deux derniers singles en date), GLAY, DJ OZMA etc. Et bien logiquement, si le nouveau service a du succès mondialement, les ventes d’artistes nippons concernés en profitent aussi, Hikki en tête (ce qui n’a rien d’étonnant de la part d’une artiste déjà N°1 des ventes sur les formats téléchargeables.)

Toutefois si l’évolution des ventes sur les différents supports musicaux est intéressante, il est un autre point qui concerne beaucoup plus directement tous les fans de J-music qui ne se trouvent pas dans l’archipel… et même peut-être ces derniers ! En effet la musique est chère au Japon, au moins autant qu’en France, et une fois ajoutés des frais de port, de douane et la marge de l’importateur, un CD nippon voit son prix déjà assez désagréable grimper de 30 à parfois plus de 200% suivant le produit et l’importateur.

Or comme je le démontrais précédemment, le doublement de la qualité et l’absence de DRM met globalement le téléchargement au niveau du CD, et un album de J-music à 10€ c’est déjà beacoup plus sympathique. Mieux encore, si les singles sont souvent moins rentables en terme de prix par piste, ils n’en sont pas moins ramenés à des prix oscillant entre 2 et 5€ alors qu’ils sont entre 7 et 15€ à l’import, port non inclus. Qui plus est, le single standard est constitué d’un disque avec une simple jaquette réversible. Autrement dit la différence entre un single physique et un single téléchargé tient en moyenne à une illustration supplémentaire, des paroles en japonais dans le texte et un boîtier à ranger. C’est peut-être moi mais je trouve que ça fait cher la ligne illustrée…

Dernier point, évident mais parfois sous-estimé : disponibilité immédiate (si si, même pour la France !) dès la sortie du disque, voire avant et ce sans payer des dizaines d’euros pour un envoi par transporteur qui vous obligera de surcroît à être chez vous à l’heure qui l’arrange si vous voulez avoir votre disque au plus vite (bien sûr si vous n’êtes pas du genre impatient ceci ne saurait vous concerner)

Une vraie belle alternative au CD ?

A l’heure actuelle le téléchargement légal commence donc à être une véritable alternative au CD, avec ses forces et ses faiblesses; et elle mérite à ce titre d’être considérée lors de l’achat de musique, en particulier dans des cas favorables comme celui des singles d’import. Pour autant il est vrai que l’offre d’encodages de qualité et non verrouillés par des DRM est encore bien faible puisqu’elle se résume à des initiatives de labels et artistes indépendants auxquelles il faut ajouter le catalogue d’EMI. A ce sujet la maison de disques semble avoir trouvé son compte puisqu’elle a annoncé être en négociations avec d’autres distributeurs de contenus, dont Virgin et la FNAC.

Reste que tous les acteurs du marché ne l’entendent pas ainsi, les deux plus grands détracteurs étant les majors Sony et Vivendi-Universal qui n’entendent pas que leur musique soit déverrouillée. Et s’ils ont officiellement engagé des pourparlers avec les distributeurs pour étudier des possibilités d’évolution de l’offre, les enjeux sont tels que les négociations tournent souvent au bras de fer. Pour preuve le non-renouvellement par Vivendi-Universal de ses accords de distribution via l’iTunes store dont l’annonce a été relayée avant-hier par le New-York Times et démentie hier unilatéralement par un des porte-paroles de la marque à la pomme. Il faut dire que derrière les variations de cours de bourse qui motivent la plupart de ces envolées médiatiques, il existe de longue date une dissension autour des conditions des accords sur les exclusivités, le choix des chansons distribuées, le tarif unique des contenus et désormais la présence ou non de DRM sur les morceaux. Tant et si bien qu’il y a fort à craindre qu’entre la pression des actionnaires et les intérêts conflictuels des maisons de disques, distributeurs et consommateurs, l’avènement du “tout sans DRM” ne soit pas pour demain.

Néanmoins, comme le rappelaient les publicités pour les Flamby : “y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis” et le fait qu’une major aille dans le sens des consommateurs renforce le sentiment qu’il n’est pas irréaliste qu’on ait un jour toute la J-music disponible mondialement, dans une qualité qui ne tronque pas les aigus, à un tarif un tant soit peu attractif et sans DRM. En attendant on peut toujours se consoler avec du Chihiro et du Hikki !

-

Commentaires

Voir les commentaires

Laisser un commentaire

Pour poster un commentaire, merci de remplir le formulaire suivant.

Nom (requis)

Email (requis)

Site web

Commentaire