Voir le billet

Le phénomène Johnny’s (2)

Posté le 12 septembre 2007 par Ananda dans la catégorie Scène musicale japonaise
le-phenomene-johnnys-2

Seconde partie d’un double billet consacré à la suprématie impressionnante des artistes de la Johnny’s Jimusho sur le marché musical japonais. C’est parti pour l’analyse des faits et des chiffres, que vous pouvez retrouver dans la première partie !


En coulisse, c’est une véritable machine à gagner qui écrase tout sur son passage

Shuuji to AkiraAlors comment expliquer cette récente explosion ? On peut premièrement considérer que le contexte concurrentiel leur est favorable. Les années charnières que furent 2004 et 2005 ont vu le déclin d’Ayumi Hamasaki, qui n’occupait plus la place médiatique qui était la sienne au début du millénaire, laissant le champ libre à d’autres artistes. C’est ce moment que la Johnny’s Jimusho choisit pour lancer une offensive de masse et tenter, avec succès, de modifier le comportement des fans : plutôt que d’acheter les disques d’une fashion leader, le public féminin en pleine émancipation sur le plan social est désormais invité à se forger sa propre opinion, à formuler ses envies, à exprimer ses fantasmes. Et quoi de mieux pour cela qu’une batterie de beaux garçons de tous âges tout droit sortis de l’usine ? Quant à la pauvre Kumi Koda, malgré sa popularité, elle ne parvient pas à reproduire la domination hégémonique qu’Ayu, seule face à tous ces boys band : à tel point que la plupart des confrontations entre les groupes de la Johnny’s et elle tournent à son désavantage. Le résultat ne se fait pas attendre, et la Johnny’s Jimusho engrange alors des recettes pharaoniques, tout en travaillant à conserver une image irréprochable, allant jusqu’à décliner systématiquement toutes les récompenses de l’industrie de l’entertainment remises à ses artistes.

KAT-TUN au Music StationL’image de la Johnny’s Jimusho souffre toutefois de quelques failles. Et il est clair que la raison principale du succès exponentiel des artistes de la firme est avant tout lié à l’incroyable pouvoir médiatique de l’organisation, un pouvoir dont la mise en place a pris de longues années. Les groupes de la Johnny’s, en plus d’être omniprésents, ne cessent désormais de créer l’évènement. La très populaire émission Music Station consacre aux artistes de l’écurie Johnny’s une place conséquente dans sa grille, avec une apparition systématique pour chaque nouveau single, assurant ainsi une promotion non-négligeable. Des groupes confirmés comme les SMAP mais aussi d’autres restés Junior et qui n’ont pas encore débuté sur le marché musical comme les Ya-Ya-yah ont droit à leur propre émission télé. La plupart des membres des unités Johnny’s sont devenues des figures habituelles des médias qui suivent les tendances plutôt qu’ils les créent, tout en conservant une image consensuelle, à même de s’attirer les faveurs du plus large public.

Ya-Ya-yahDerrière le spectacle kitschissime qu’ils offrent parfois, notamment aux yeux du public occidental, tous ce garçons sont très souvent de bons chanteurs, de très bons danseurs, de véritables showmen entraînés depuis un âge précoce à offrir des performances irréprochables, en particulier en live : le résultat des nombreux mois passés à s’entraîner dans une école spécialement conçue à cet effet, c’est un nombre conséquent de concerts archi-pleins chaque année dans les plus grands stades, qu’il s’agisse de concerts individuels pour chaque groupe, ou de grands spectacles réunissant toutes les stars de l’agence. Même les plus jeunes de ces artistes sont donc de véritables professionnels, certes totalement instrumentalisés, mais pour autant très travailleurs et soumis à une discipline très stricte, incluant notamment une forme de jeu de rôle au sein des différents groupes (avec de plus en plus de tendances yaoi), et l’absence quasi-contractuelle de vie privée. Tous ces éléments constituent la base solide d’un cercle vertueux qui a alors pu se mettre en place, et la tendance s’est d’ailleurs confirmée pendant le premier semestre de l’année 2007, qui s’annonce plus fructueuse encore que 2006 puisque rien qu’au premier semestre on comptait déjà 11 singles de la Johnny’s Jimusho dans le top25.

Des zones d’ombre dans la politique de la Johnny’s Jimusho

NEWSCependant, dans ce contexte, quelques éléments viennent relativiser certains aspects de cette réussite exceptionnelle. Les zones d’ombre liées à la formation des jeunes garçons restent très nombreuses, en cela que l’intégration au sein des unités Johnny’s constitue un véritable embrigadement au sein d’une institution très fermée (ce qui avait d’ailleurs valu à Kitagawa plusieurs accusations liées à des pratiques pédophiles). Par ailleurs si le succès est souvent probant en singles, on remarque que du côté des ventes d’albums les résultats sont nettement moins impressionnants : ceci s’explique notamment par le fait que les recettes des groupes de la Johnny’s Jimusho sont essentiellement le fruit de la passion d’une fanbase très solide, prête à dépenser des fortunes pour acquérir trois éditions différentes d’un même single, mais auxquelles on ne propose généralement qu’une seule édition par album mis en vente. Autre conséquence de la dépendance au public de fans hardcore : des ventes explosives, énormes sur les premiers jours d’exploitation, mais qui dès la deuxième semaine connaissent une déperdition immense, ce qui finira par défavoriser les ces artistes dans un marché où de plus en plus on tend à valoriser les succès sur le moyen terme.

Hiro UgayaEn dépit de la popularité des formations dont ils sont issus, il est également à noter que les artistes de la Johnny’s peinent souvent à s’imposer individuellement. Du côté des groupes les plus récents, seuls les leaders semblent pouvoir prétendre à un succès probant dans leurs activités solo, sur CD ou en tant que comédien de drama. Et rien n’indique que ce succès serait pérenne s’ils optaient définitivement pour une carrière solo. Pour rentabiliser la puissance de frappe de ses meilleurs éléments, la Johnny’s multiplie donc les projets collaboratifs ponctuels, comme le fait le Hello!Project depuis des années, mais on sait que ce procédé a ses limites… Restent enfin les difficultés que pourrait causer à la Johnny’s Jimusho le fameux procès qui oppose le journaliste Hiro Ugaya à la société Oricon. Dans une interview pour un magazine nippon, Ugaya avait énoncé tout haut un secret de polichinelle que de nombreux analystes corroborent depuis longtemps sans avoir jamais osé l’énoncer publiquement : la Johnny’s Entertainment exercerait des pressions financières, comme d’autres grandes puissances du secteur, sur les principaux conglomérats médiatiques (Oricon en tête) ainsi que sur les réseaux de distribution, afin de manipuler les chiffres de ventes à l’avantage de ses artistes. Une accusation renforcée par de nombreux doutes qui planent depuis longtemps sur la méthode d’élaboration du célèbre classement, mais qu’Oricon nie en bloc en réclamant des dommages et intérêts faramineux au journaliste dans un procès en diffamation bizarrement complètement passé sous silence par les média japonais…

Ces quelques réserves à apporter à l’omnipotence de la plus puissante agence de talents japonaise ne suffisent pas, loin de là, à en minimiser le succès. Le fait est que -et ce malgré leur relative impopularité chez nous, où on leur préférât les girls band- la domination du marché par ces jeunes hommes est incontestable. Une politique de diversification des activités et de rigueur a fait de l’organisation une entreprise extrêmement fructueuse, qui ne semble pas prête de laisser sa place et dont la domination n’est sans doute encore qu’en phase d’accroissement.

-

Commentaires

Voir les commentaires

Actuellement : 4 commentaires
  1. Posté par Namie le 12 septembre 2007 à 23:43

    On a aussi connu notre vague “boys band & fangirlisme” en France… 2b3, Aliage, G-squad, Worlds Apart et j’en passe.
    Niveau girls band, je n’en vois pas tant que ça !
    Sauf que chez nous, c’était une sorte de “passe” pendant les années 90, totalement démodée aujourd’hui, alors que chez eux ca semble durer, et c’est pas près de s’arrêter.
    Perso, je trouve ça plutot kitch, et je trouve que certains les talentos de la JE vivent mal l’experience notamment le manque de vie privée et la crainte du scandale… Mais bon, on va pas les plaindres ;).

  2. Posté par Celia le 13 septembre 2007 à 15:09

    Excellent article, bien écrit et clair.
    C’est vrai que le fandom français s’est souvent arrêté aux girlsband, mais je pense que plusieurs facteurs sont en train de donner aux boys band de plus en plus de succès ici.
    D’abord le fait que les filles élevées à la fanfic et aux yaoi commencent à se tourner vers la pop. Puis qu’il y ait une lassitude par rapport au visual (ou qu’au moins les fans qui ont commencé par le visual se tournent elles aussi vers la pop)
    Et puis il y a aussi le succès de quelques dramas qui ont poussé à s’intéresser à certains artistes de l’”écurie” (Gokusen, les dramas de Matsumoto Jun ou en ce moment Hanakimi)
    Certes cela reste encore assez limité, mais la tendance aux boys band en France ne va sans doute pas s’arrêter d’aussi tôt ^^

  3. Posté par Kumi le 13 septembre 2007 à 23:11

    tres bon article
    très claire surtout
    j’ai je l’ai trouvé un peu trop pessimiste vers la fin dommage d’avoir fini par cette partie là.

  4. Posté par ladyteruki le 17 septembre 2007 à 2:54

    Des scandales politico-financiers, les dessous des chiffres de l’Oricon, les émissions vendues à la cause de certaines usines à idoles : quelques excellents sujets à propos desquels on n’a jamais assez de lecture ! Voilà pourtant des thèmes qui, une fois décortiqués, permettraient d’avoir un autre regard (complémentaire évidemment) sur l’univers de la Jmusic. Histoire d’aller plus loin.
    Ce très bon article en deux partie est l’exemple qu’on peut aimer la Jmusic ET avoir du recul sur son fonctionnement. Puisqu’après tout, c’est de l’entertainement… Je regrette juste que la première partie soit noyée sous les chiffres : ça témoigne d’un travail de recherches et/ou d’une bonne connaissance du sujet évidemment, mais en définitive, la démonstration est longue pour une conclusion finalement simple.

Laisser un commentaire

Pour poster un commentaire, merci de remplir le formulaire suivant.

Nom (requis)

Email (requis)

Site web

Commentaire