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Le phénomène Johnny’s (1)

Posté le 12 septembre 2007 par Ananda dans la catégorie Scène musicale japonaise
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Première partie d’un double billet consacré à la suprématie impressionnante des artistes de la Johnny’s Jimusho sur le marché musical japonais. On commence avec le rappel des faits et des chiffres, les explications étant pour le billet suivant !


Hikaru GenjiAlors que les maisons de disques japonaises voient chaque année leurs profits décroître au fil de la chute des ventes de CDs, et alors que la quasi-totalité des artistes établis, parfois même depuis longtemps, doivent faire face à un effritement de leurs recettes, les artistes d’une agence remportent en ce moment un succès insolent. Cette agence, qui inonde depuis plusieurs décennies l’entertainment japonais de dizaines de jeunes garçons, souvent de véritables performers formés à la chanson, à la danse et à la comédie, c’est la Johnny’s Jimusho . Plus qu’une simple agence de talents, cette organisation exerce les fonctions de centre d’entraînement pour enfants futures stars, de société de management, de centrale de marketing, de maison de production et d’édition, et dispose d’une puissance de frappe médiatique spectaculaire.

Un peu d’histoire
SMAPNée au début des années 60, la Johnny’s Jimusho est créée par le mi-Japonais mi-Américain Johnny Kitagawa et gérée en coopération avec sa soeur Mary. Au moment où Kitagawa lance son premier groupe, les Johnnies, les artistes de l’agence n’ont à l’époque pas d’autre vocation que d’être des chanteurs. C’est à la fin des années 60 avec les Four Leaves, issus de ce qui est déjà considéré à l’époque comme une “usine à beaux garçons”, que le succès va arriver, précurseur d’une période de frénésie créative pour Kitagawa, qui lance alors groupe sur groupe dont beaucoup rencontreront un grand succès. Dès lors le marché des boys band, à l’activité permanente, ne cessera d’être dominé par la Johnny’s Jimusho, en véritable pied de nez à l’Occident où l’industrie musicale n’aura réussi à entretenir la mode de ces groupes masculins que durant quelques années à la fin du XXème siècle.

KinKi KidsTout au long des années 70 et 80, les unités issues de la Johnny’s Jimusho vont continuer à proliférer, avec toujours un succès colossal pour certains comme Hikaru Genji. Mais le phénomène va commencer à se tasser dès le début des années 90. Les idols tels qu’on les concevait dans les années 80 ne font à l’époque plus recette, et on attend des artistes qu’ils osent diversifier leurs activités. C’est l’époque de la création d’un des groupes les plus populaires de l’histoire de la musique japonaise, et le premier boys band moderne de la Johnny’s Jimusho : les SMAP. Au départ simples figurants skateboarders qui animaient les shows des Hikaru Genji, les membres de SMAP vont au fur et à mesure de l’évolution du groupe exercer des talents de plus en plus divers. Il faudra toutefois attendre le milieu des années 90 pour que les SMAP finissent vraiment par décoller, et conférent ainsi à l’agence le statut qu’elle a aujourd’hui. Pour s’adapter à un marché dominé par les groupes de rock, les SMAP ont dû savoir tout faire. Ses membres sont partout : chanteurs et danseurs, ils jouent également la comédie dans d’innombrables dramas et CMs, présentent des shows TV, font du mannequinat : un prototype de réussite qui sera ensuite reproduit à l’identique pour chaque nouveau groupe de l’agence.

V6Suivant ce modèle, le duo KinKi Kids, avec ses 25 singles en tête de l’Oricon depuis sa création, fait des faux frères Tsuyoshi et Koichi Domoto de véritables stars, qui remplissent chaque année le Tôkyô Dome pendant trois jours du 30 décembre au 1er janvier. Citons encore les V6 et leurs différents sous-groupes, Arashi et leurs 16 singles numéro 1, le duo Tackey & Tsubasa et ses frasques yaoi, TOKIO, les NEWS, Kanjani8 (premier groupe enka à classer un album en tête des ventes), ou encore les KAT-TUN, les plus populaires actuellement, dont le premier single a dépassé le million de copies écoulées et dont les ventes ultérieures sont depuis restées très impressionnantes. A chaque génération, à chaque mode musicale son groupe phare !

Des chiffres tout bonnement hallucinants

Tomoya Nagase (TOKIO)Depuis quelques années, les ventes des groupes les plus anciens, en baisse depuis le début des années 2000, se sont stabilisées, souvent autour des 300/400.000 exemplaires vendus par single. Exception faite toutefois de SMAP, qui connut un beau retour de flamme sur le tard avec plus de 2 millions d’exemplaires vendus du fameux Sekai ni hitotsu dake no hana en 2003. Mais si les ventes individuelles de chaque unité finissent par être plafonnées, les chiffres n’en atteignent pas moins des montants astronomiques de par le nombre de formations qui squattent aujourd’hui automatiquement le haut du classement. En 1996 un seul single d’un groupe de la Johnny’s Jimusho se classait dans le top 30 annuel (à la 28eme position); on en trouvait quatre en 2004, cinq en 2005 (dont la première place), et pas moins de 14 en 2006, dont 4 dans le top 5 dominé par les KAT-TUN. Plus fort encore : en 2006 la Johnny’s Entertainment aura vendu plus de 10 millions de disques et occupé la première place des ventes de singles durant pas moins de 23 semaines sur 52. Les ventes des groupes de l’organisation sont de plus favorisées par les multiples éditions disponibles de chacun des CDs mis en vente, qui se traduisent par de faibles recettes au format chaku-uta, la fanbase ne souhaitant pas se passer des livrets remplis de photos et autres chansons anecdotiques disponibles sur une quelconque édition limitée.

KAT-TUNLa tête d’affiche de ces dernières années est sans conteste KAT-TUN. Avec un premier single, Real Face vendu à plus d’1.000.000 d’exemplaires et largement n°1 au classement annuel, et un premier album qui s’écoula à 750.000 exemplaires, le groupe fut sans conteste le phénomène de l’année 2006. Cependant, après le départ / retour de Jin Akinishi, l’un deux leaders du groupe, leur quatrième single remporta un succès plus modéré, atteignant tout de même les 370.000 copies écoulées. Les ventes décevantes du deuxième album, écoulé à environ 350.000 unités semblent toutefois indiquer que les KAT-TUN pourraient rentrer dans la très confortable norme des autres groupes de l’organisation plus rapidement que prévu.

Tomohisa Yamashita (NEWS)La version pop des KAT-TUN, les NEWS, remportèrent dès leurs débuts en 2003, un succès plus modéré, qui amena leurs singles, évidemment tous numéro 1 à l’Oricon, à s’écouler avec une constance étonnante entre 200.000 et 300.000 exemplaires. En revanche, quand leur leader, l’archi-populaire Tomohisa Yamashita alias Yamapi fait équipe avec le chouchou des KAT-TUN, Kazuya Kamenashi, le cocktail est détonnant et le duo éphémère Shuuji to Akira fait de son single Seishun Amigo, pourtant sorti en novembre, la meilleure vente de l’année 2005, avec pas loin d’un million d’exemplaires vendus. Encore plus fort, le single conserve la troisième place du top singles sur l’année 2006, juste devant le single solo de Yamapi, Daite Señorita. Seishun Amigo demeure l’un des singles les plus vendus de ces dernières années, avec plus d’un million et demi d’exemplaires écoulés. En marge de ces groupes-phares, le duo Tackey & Tsubasa, qui fut de toutes formations de la Johnny’s la première à vraiment développer l’imagerie homoérotique qui semble de plus en plus à la mode chez les jeunes groupes de l’agence, se contentent de performances commerciales plus modestes, bien que tout à fait honnêtes. Ainsi, à l’exception du single Venus, qui atteignit les 300.000 exemplaires vendus, les singles de Takitsuba tournent autour des 100.000 CD écoulés.

Tackey & TsubasaMais même au delà du succès de ces jeunes premiers, les formations plus anciennes font encore recette de manière remarquable. Les V6 ont pu inscrire leur popularité dans la durée, avec des ventes toujours dans la moyenne supérieure de l’époque, mais toutefois loin derrière les SMAP, 13èmes au classement des plus gros vendeurs de tous les temps au Japon avec 28.400.000 disques écoulés (chiffres de 2005) et les véritables stars de l’époque. Aujourd’hui, les V6 vendent environ 100.000 exemplaires de chacun de leurs singles, chiffre stabilisé depuis 2003. En comparaison, les KinKi Kids remportèrent un succès incroyable et alignèrent entre 1997 et 2001 un nombre hallucinant d’immenses hits. Assurés pendant longtemps de vendre au bas mot 500.000 disques à chaque sortie single, ils écoulèrent en 4 ans plus de 10 millions de disques, dont 4 singles millionnaires, et étaient en 2005 classés 22e plus gros vendeurs de tous les temps au Japon, avec plus de 20.000.000 de disques vendus. Leurs singles se vendent aujourd’hui autour de 300.000 exemplaires. Arrivés dans un contexte moins favorable à la toute fin du siècle dernier, Arashi ne fit pas montre de performances commerciales si impressionnantes. Plus irrégulières, les ventes de la formation peinèrent à dépasser le seuil plafond de 400.000 exemplaires, et s’écoulent en moyenne dans une fourchette large entre 200.000 et 400.000 exemplaires.

(La suite est à lire dans la deuxième partie de cet article !)

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Commentaires

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Actuellement : un commentaire
  1. Posté par Kappa le 31 octobre 2007 à 13:35

    WOw!
    super article! (je laisse un com sur la partie 1 vu que j’ai commencé par la partie 2^^)
    Depuis le temps que je cherchais un bon résumé de la situation et de l’ampleur du phénomène!
    Ca nous semble encore plus hallucinant en tant que français, avec l’image absolument ringarde et négative que véhicule le mot ‘boy’s band’.
    Plus encore, le côté complètement commercial et magouilles financières achèvent de casser l’image.
    Mais bon, un petit visionnage d’un clip de KAT-TUN genre ‘real face’ Kame version, et on comprend la part de rêve parce que malgré tous nos a-priori sur la pop édulcorée et les images vues cent fois, on se laisse quand même prendre un peu à rêver non?

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