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Reprises… faute de reprise

Posté le 18 novembre 2007 par Shito dans la catégorie Scène musicale japonaise
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Voici bien deux ou trois ans que les observateurs s’accordent sur les difficultés du marché japonais à se renouveler sur le plan artistique. Rien d’étonnant donc à voir débarquer au Japon une foultitude de singles et albums de reprises, comme ce fut le cas en Europe au début des années 2000…

Avance technique, retard artistique

Comparativement à ses homologues occidentaux, et en dépit de son importance sur le plan quantitatif (2ème plus important au monde), le marché musical japonais dans sa forme commerciale actuelle est encore jeune. Son émergence fut donc explosive, explosivité permise par des techniques de vente à l’efficacité exceptionnelle. Les Japonais sont le plus souvent les premiers à se poser les bonnes questions, et à trouver les bonnes réponses. C’est ainsi que dès les années 90, les rois de l’entertainment nippon ont l’idée de travailler sur du multisupport : les chansons d’artistes majeurs servent de thèmes à des drama, anime, films ou CMs pour des sociétés qui sponsorisent ensuite la tournée des artistes en question. Lorsque commence à se poser le problème du piratage, les Japonais sont les premiers à réagir, apposant sur leurs CDs des systèmes de protection contre la copie. Et quand des études universitaires sérieuses imputent la responsabilité de la baisse des ventes de disques plus à une modification du comportement des consommateurs qu’à l’effet de la copie illégale de CDs, le Japon innove avec une baisse de prix généralisée, la commercialisation à valeur ajoutée avec les versions CD+DVD, et le développement du téléchargement légal sur téléphone portable, là où le reste du monde a choisi de parier sur la vente sur Internet. Toutes ces mesures, aujourd’hui en cours d’application sur la plupart des autres marchés internationaux, ont permis au marché japonais de rester fortement compétitif, et d’en faire l’un des moins touchés par l’impressionnante chute des ventes de CDs partout dans le monde.

Dans le même temps, le Japon est un pays ouvert sur le monde, qui sur le plan artistique ne peut pas être insensible aux courants musicaux que les différentes modes amènent sur le devant de la scène en Occident. Avec comme toujours une appropriation par les artistes nippons, qui fait toute la spécificité des créations nippones, mais aussi avec un temps de retard. Les grandes heures du rock des années 60-70 en Occident ont ainsi migré vers le Japon dans les années 80. La pop de nos mêmes années 80 a fait le bonheur des fans de Jpop au début des années 90. A cette époque l’Europe sera quant à elle sous l’influence d’une mode Dance qui trouvera son pendant dans l’archipel dans la deuxième moitié de la décennie. Pour terminer par une grande vague RnB, là encore démarrée avec 5 bonnes années d’écart. Au début des années 2000, l’Europe et dans une moindre mesure les Etats-Unis ont toutefois connu une période similaire à celle qui caractérise le Japon actuellement : à quelques valeurs sûres près, les stars de la variété locale peinent à se renouveler, tandis que l’absence de nouvelle mode oblige les maisons de disques à tout miser sur des phénomènes commerciaux très ponctuels pour générer des bénéfices. Pour ce faire, deux recettes ont été appliquées chez nous avec succès : les duos / collaborations, et les reprises.

Albums plutôt que singles

On a cru voir émerger au Japon, voici 3-4 ans les prémices d’une vague de collaborations dans l’archipel à un niveau plus commercial, après la généralisation du processus sur la scène urbaine qui a explosé avec le projet SUITE CHIC. La vague en question tarde toutefois à arriver, puisque l’on ne compte encore à ce jour guère plus de 2 ou 3 collaborations majeures par an, parmi lesquelles le fameux GLAY x EXILE, ayaka x KOBUKURO et autres featurings dont le duo m-flo a notamment fait sa spécialité, suivi par Ami Suzuki récemment. Du côté des reprises par contre, l’engrenage semble être durablement lancé. Si les reprises, d’artistes japonais ou internationaux, commencent à se multiplier en face B de singles ou en remplissage d’albums, elles commencent doucement mais sûrement à se faire voir dans le rôle de chansons-titres. Kumi Koda et EXILE avec WON’T BE LONG, mihimaru GT avec le fameux I SOULD BE SO LUCKY de Kylie Minogue, ou encore bientôt Ami Suzuki avec un remake d’Aly & AJ n’en sont que quelques exemples.

L’essentiel du phénomène est toutefois constitué par la sortie actuelle d’une multitude de cover albums, compilations de reprises thématiques par des artistes divers, et autres tribute albums. La plupart des cover albums en question sont à mettre au crédit d’artistes dont la crédibilité n’est plus vraiment à démontrer, mais qui demeurent au second plan sur le plan commercial. Certaines grandes figures avaient ouvert la voie pour le plaisir au début des années 2000, comme Ken Hirai et Shiina Ringo. Mais là, il ne fait aucun doute, au vu de la multiplication des projets du genre, que c’est l’argument marketing qui a la primeur aujourd’hui. En tête : l’auteur, compositeur, interprète Hideaki Tokunaga dont les travaux personnels sont à la peine mais dont les trois albums de reprises VOCALIST totalisent près de 1.5 millions d’exemplaires vendus ! Pêle mêle, des artistes comme Masayoshi Yamazaki, Hitomi Shimatani, Noriyuki Makihara, Kyougo Kawaguchi, Ryûichi Kawamura, AAA, Rimi Natsukawa, K, Ayaka Hirahara, Aya Matsuura ou encore anri ont également fait le choix, plus ou moins ponctuellement, de surfer sur cette vague faute de réussir à maintenir l’intérêt des media et du public pour leurs propres compositions. D’autres utilisent ce procédé pour se faire connaître et fédérer autour d’eux un public auquel faire découvrir leurs créations : c’est notamment le cas de sotte bosse, dont les albums sont composés pour moitié de reprises et pour moitié de travaux originaux.

Egalement à la mode, les self-covers ou auto-reprises, auxquelles se sont récemment livrés Shiina Ringo, DEEN, Mariya Takeuchi ou encore EXILE. Quant aux tribute albums, notamment popularisés par le succès des deux albums d’hommage au chanteur disparu Yutaka Ozaki voici quelques années, ils fleurissent désormais en grand nombre et ne concernent plus seulement les artistes décédés ou les groupes séparés. Céline Dion, LUNA SEA, UNICORN, BOOWY, ou encore les Pillows pour ne citer qu’eux ont ainsi vu leurs plus grands succès repris par des artistes actuels plus ou moins populaires dans le cadre d’un tribute album !

On l’a dit, cette vague de reprises est très probablement à imputer à un déficit de créativité des compositions actuelles sur le marché musical japonais. Le renouvellement est d’autant plus complexe qu’au Japon plus qu’ailleurs les artistes sont affublés d’une étiquette difficile à décoller, ou sont victimes du succès fulgurant sur une chanson unique avant de retomber dans l’anonymat. Quant aux interprètes major, ils sont victimes du système qui veut que les compositeurs sont pour la plupart salariés attitrés d’une maison de disque, et donc rémunérés à délivrer des maquettes impersonnelles ensuite réparties entre les artistes : rares sont donc les chanteurs/euses qui peuvent se permettre de faire appel à des compositeurs qui vont leur proposer des travaux spécifiquement réalisés à leur intention. Du coup, le public est nostalgique de l’efficacité des plus grands succès de la scène Jpop et folk nippone. Et sans surprises, les chansons les plus populaires et donc les plus reprises sont les ballades emblématiques : LOVE LOVE LOVE et d’autres succès de DREAMS COME TRUE en tête, mais aussi I love you de Yutaka Ozaki, First Love de Hikaru Utada, Sekai ni hitotsu dake no hana et autres chansons des SMAP, SAY YES de CHAGE&ASKA… De quoi bien sûr tenter de s’attirer les faveurs d’un double public à la fois jeune (et fan des artistes du moment) et moins jeune (en surfant sur la carte de la nostalgie grâce aux titres repris par les artistes en question)… Il y a en tout cas tout à parier que la tendance ne fera que s’accentuer dans les mois à venir, à en voir les plannings de sorties et l’incapacité des maisons de disques à proposer quoi que ce soit de réellement nouveau.

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Commentaires

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Actuellement : un commentaire
  1. Posté par Roy le 20 novembre 2007 à 9:02

    Billet très intéressant sur un phénomène de plus en plus répandu dans l’archipel et dont je suis le premier consterné. Je n’ai rien contre une reprise d’un artiste pour tenter de percer et s’attirer les faveurs du public car après tout ce monde est impitoyable. Ce que je déplore, c’est la sortie à tout va de compiles de reprises orchestrées par les maisons de disques visiblement en manque d’idées fraiches et de profits. L’aspect marketing prend une nouvelle fois le dessus sur l’aspect artistique et ca en devient désespérant. Entre les best of et les reprises en tout genre, on peine à savoir ou va le marché musical nippon… Tout ça n’a rien d’engageant pour les prochains mois…

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