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N’écoutez pas les fans ! (1)

Posté le 7 décembre 2007 par Ananda dans la catégorie Chroniques de l'enfer du milieu, Scène musicale japonaise
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A en croire ce qu’on dit sur certains forums occidentaux bien connus, Nami Tamaki aurait été une grande star, Ken Hirai n’intéresserait guère que quelques amateurs d’hommes mûrs et JYONGRI serait… quelqu’un (!). Petite mise au point sur ce qui est populaire au Japon, et ce qui ne l’est pas !

Tout amateur de jpop un minimum observateur et perspicace a souvent dû constater le décalage entre les goûts des Japonais, et celui des occidentaux. On ne peut que remarquer, à la vue des classements de ventes notamment, que les consommateurs japonais portent aux nues des artistes dont les fans occidentaux vont jusqu’à ignorer volontairement l’existence. Et à l’inverse, les forums de fans de par le monde sont bourrés de membres qui portent régulièrement toute leur attention sur des artistes mineurs, ce qui n’aurait évidemment rien de répréhensible pour peu qu’ils ne les présentent pas comme des stars littéralement incontournables…

Toutes les chanteuses ne sont pas des stars… bien au contraire !

Hitomi ShimataniEn terme de jpop, les fans occidentaux font souvent preuve d’un féminisme aveuglé. Les chanteuses du marché “commercial” japonais ont l’avantage d’assurer le spectacle, d’être généralement (plus ou moins naturellement) très agréables à regarder, et d’être malléables à souhait, offrant au public des facettes variées en fonction de la mode du moment. Leurs fans américains, européens et même français sont cependant souvent à côté de la plaque, se concentrant sur quelques artistes dont ils surestiment l’importance, et qu’ils placent au premier plan en dépit d’une popularité réelle très limitée au Japon. Précisons avant tout qu’il ne s’agit pas ici de donner des leçons : cet article ne traite pas des qualités (ou non) artistiques des artistes mentionnés, mais de faire état de la différence qui existe entre la perception exagérément glorifiante qui est faite de leur succès et la réalité de celui-ci. Parmi les exemples les plus représentatifs, on pense à Hitomi Shimatani, régulièrement présentée comme une grande star de la jpop, ne serait-ce que parce qu’elle appartient à l’écurie avex qui a fourni les plus médiatiques artistes de ces 10 dernières années. Pourtant, cette Hitomi Shimatani, même au faîte de sa “gloire”, n’a toujours eu sur le marché qu’une importance toute relative. En 2003, son best-of, qui restera son disque le plus vendu, atteint le score certes honorable mais très loin d’être exceptionnel de 463.000 unités vendues. Pire, ses albums, qui ont rarement dépassé les 150.000 exemplaires écoulés, ont subi une baisse constante des ventes (accompagnée d’une plongée dans les classements), et son dernier en date, PRIMA ROSA, n’a pas dépassé les 25.000 copies vendues. Quant à ses singles, même au tout début des années 2000, période faste pour le marché, ils n’ont jamais enregistré de scores dignes du statut que lui ont donné les fans occidentaux, dépassant seulement par deux fois les 100.000 exemplaires vendus. Depuis la fin 2005, quasiment tous les singles de l’artiste ont peiné à dépasser la dizaine de milliers d’acquéreurs, et elle n’a pas connu l’honneur du top 10 depuis 10 singles. Cela allant d’ailleurs avec une présence médiatique assez faible, le personnage, par sa transparence, n’ayant pas une personnalité à même d’exciter les foules. Ce “cas” Hitomi Shimatani est très symptomatique de la propension des amateurs à considérer leurs goûts comme généralisables et représentatifs du marché.

Anna TsuchiyaUn autre excellent exemple est celui d’Anna Tsuchiya, dont l’importance en tant que personnage médiatique n’est nullement à nier, mais dont la carrière de chanteuse est boudée par un public japonais qui lui préfère de loin sa carrière d’actrice. On est très loin de la “Japanese Madonna”, surnom qui lui serait donné par les Français d’après les organisteurs de l’Anime Expo ! En réalité, Anna Tsuchiya peut doublement dire merci à l’anime NANA : il lui aura permis d’interpréter son unique single classé dans le top 10 de l’Oricon (le générique Rose), puis de profiter de ce raisonnable succès pour sortir son album Strip me ? (un échec commercial qui ne se classa même pas dans les 10 meilleures ventes la semaine de sa sortie), le tout lui permettant d’acquérir une grande popularité chez les amateurs occidentaux d’anime. Pour le reste, en plus de classements à l’Oricon en totale décrépitude pour les singles liés à NANA (6eme position pour Rose, puis 21eme pour Kuroi Namida, et carrément 48eme pour Lucy), la jeune femme voit ses sorties personnelles boudées par le public, en témoigne le single BUBBLE TRIP, passé complètement inaperçu avec moins de 6.000 unités vendues en première semaine. Anna profite bien sûr de l’effet “international” : les fans, frustrés de devoir se contenter de l’existence très virtuelle de leurs idoles, se tournent avec reconnaissance vers les artistes qui font le déplacement. Et ignorent volontairement le fait que l’importance et le succès de ces artistes dans leur pays d’origine ont encore été gonflés, si besoin l’était, par des commerciaux qui se tireraient une balle dans le pied s’ils devaient être honnêtes.

Conspiration d’usurpateurs

Nana KitadeOn pense notamment à KOKIA, dont on comprend bien qu’elle entende profiter de son succès certain auprès des fans européens à la vue de ses ventes totalement anecdotiques sur le marché nippon. Au moins fait-elle preuve envers eux d’une grande générosité qui vient justifier sa démarche, au contraire par exemple de Nana Kitade, soi-disant icône gothic lolita archi-populaire parmi la génération à laquelle appartient cette mode. Cette icône est en réalité complètement tombée dans l’oubli au Japon après sa transformation en poupée, avec un deuxième album, I scream, classé 150eme à l’Oricon. Et si sa popularité a toujours été minime (son premier album n’avait pas dépassé les 50.000 copies écoulées), elle est aujourd’hui quasi-inexistante. Son premier best-of, sorti très récemment, a dû se contenter d’une 95eme place à l’Oricon, avec tout au plus quelques milliers d’exemplaires vendus, malgré ses collaborations avec des animes d’envergure, dont, bien sûr, Fullmetal Alchemist. On oubliera également misono, dont les singles solo n’en finissent plus de dégringoler et qui n’intéresse les médias que quand elle fait un régime, et autre sifow, dont les fans s’éberluent encore de ne voir aucune de ses sorties apparaître dans le top 200. Le groupe HIGH and MIGHTY COLOR, qui n’a jamais remporté un succès flagrant, est aujourd’hui en plein naufrage, alors que certains le considèrent encore comme une nouvelle valeur sûre du “rock” japonais. Le buzz autour de Stephanie et ses hurlements suraigus n’a guère eu lieu que sur les forums occidentaux, tandis qu’Aya Kamiki, parfois considérée comme une version japonaise d’Avril Lavigne par ses admirateurs, est à 1000 lieues du succès de cette dernière au Japon. Nombre d’artistes ainsi glorifiés par les fans occidentaux n’ont donc qu’une importance médiatique faible, voire inexistante dans l’archipel. Et nous n’évoquerons pas la désuétude complète de l’immense majorité des groupes Visual-kei, lesquels gagnent pour la plupart, aujourd’hui, plus d’argent en Occident que sur le marché nippon où ils sont considérés comme has-been et sujets à moquerie dans les milieux lycéens et étudiants : pourquoi croyez-vous qu’ils viennent à nous en masse, là où avex trax et autres EMI-Japan ne voient pas encore d’intérêt à nous envoyer leurs plus grandes stars ?

(Article à suivre dans une deuxième partie consacrée cette fois aux artistes qui marchent réellement en dépit d’un désintérêt parfois total des fans occidentaux !)

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Commentaires

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Actuellement : 8 commentaires
  1. Posté par Celia le 7 décembre 2007 à 19:38

    Un seul mot pour l’instant : merci (des fois on aimerait remettre les pendules à l’heure sur certains forums, tellement le décalage est énorme entre le rêve des fans et la réalité…)

  2. Posté par Fé le 7 décembre 2007 à 22:35

    Bonne et intéressante petite mise au point.

  3. Posté par Kingyo le 7 décembre 2007 à 23:57

    Merci pour ce dossier! En plus d’être super intéressant c’est un article qui remet certaines choses à leur place, ça fait plaisir de voir que d’autres personnes qui apprécient la musique japonaise gardent un oeil encore lucide sur cet univers… Malheureusement c’est de plus en plus rare…
    Mais comme toujours, c’est un article très intéresant, j’ai hâte de voir la suite!

    Merci!!!

  4. Posté par Ryozhukai le 8 décembre 2007 à 4:10

    Haha Ananda tu t’es fait plaisir sur cet article, ça se sent ! Mais que de retenue pour rester objectif !! :p
    En tout cas, c’est bien vrai tout ça… tous les noms que tu cites, la plupart des japonais ne connaissent pas. A part Tsuchiya pour d’autres raisons que la chanson comme tu le dis, et à la limite Shimatani, mais bon… ça reste marginal. J’ai hâte de voir le second article, qui sera sûrement au moins aussi intéressant. :)

  5. Posté par Roy le 8 décembre 2007 à 11:29

    Excellent article ! Voilà qui devrait définitivement remettre les pendules à l’heure dans la communauté des fan de J-pop, si t’en es qu’ils fassent preuve d’une suffisante ouverture d’esprit. Vivement la suite !

  6. Posté par yumenokatachi le 8 décembre 2007 à 12:42

    Article excellent! J’attend la suite avec impatiente!
    Au moins, ça permettra aux fans de redescendre sur Terre ^^

  7. Posté par Picarret le 8 décembre 2007 à 14:31

    Pour ma part, j’ai été très déçu de la semi-partialité du hors-serie j-music d’AnimeLand.
    Ils n’ont cessé de jongler entre objectivité, thématique anime (sans quoi ce hors-série aurait des airs de hors-contexte), et promotions déguisées pour leur nombreux sponsors.
    Après avoir lu ce numéro, je pense que notre vision du paysage musical japonais ne peut être qu’erronée (autant de pages sur le visu, c’est abusé).
    Merci Ananda pour ton article.

  8. Posté par Emy le 17 février 2008 à 19:51

    Je me disais aussi que c’était bizarre qu’on me gonfle encore avec le visual-kei alors que les Japonais s’en contre-fichent!

    Comme quoi, au delà du fait d’être comique l’aveuglement de certains frise le pathétique!

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