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N’écoutez pas les fans ! (2)

Posté le 9 décembre 2007 par Ananda dans la catégorie Chroniques de l'enfer du milieu, Scène musicale japonaise
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A l’inverse de toutes ces “stars” dont la popularité n’est que le fruit des délires fantasmatiques des fans occidentaux, de nombreuses valeurs sûres du marché voient leur existence complètement ignorée par ces mêmes admirateurs aveugles.

BoA(Voir la première partie)
Quand on parle des “poids lourds” de la jpop, on peut être certains que chez beaucoup d’auditeurs, les mêmes noms sortiront : Ayumi Hamasaki, Kumi Koda, BoA, Ai Otsuka… Essentiellement des stars d’avex, quelques noms de chez Sony (Yuna Ito par exemple, malgré les déconvenues commerciales de toutes ses sorties depuis son premier album), un ou deux chez Toshiba-EMI (ou plus exactement d’EMI Japan aujourd’hui) avec un peu de chance … L’importance de ces artistes est d’ailleurs souvent sur-estimée : on se souvient encore des fans occidentaux qui ont clamé lors de la percée de BoA en 2002 qu’elle était la nouvelle Reine de la Jpop, alors qu’il suffit de jeter un oeil à ses ventes pour voir que, bien que satisfaisantes, elles n’ont jamais rien eu d’impressionnant, en particulier en ce qui concerne les ventes de singles, toujours moyennes. Et combien d’amateurs pensent encore (honnêtement de plus) qu’Ayumi Hamasaki occupe la tête du classement des meilleurs vendeurs de tous les temps ? Pourtant, un peu d’analyse du marché réel donne des résultats bien loin de ce marché fantasmé, et sans doute surprenants pour nombre de fans, avec de nombreux artistes peu populaires par chez nous qui vendent pourtant plus de disques au Japon qu’Ayu et Koda réunies.

Au royaume des artistes masculins les minets sont rois
KAT-TUNImpossible ici de ne pas mentionner l’écurie Johnny’s, d’autant plus avec l’incroyable étalage qui nous a été fait ces dernières semaines. Pendant trois semaines les formations de l’agence, à tort considérée en Occident comme un “Hello!Project au masculin” en dépit du niveau artistique et de professionalisme infiniment supérieur de ses membres, nous ont fait une démonstration de force. Tout d’abord, les NEWS ont régné simultanément sur les ventes d’albums et de singles le 13 novembre, avec un weeeek écoulé à plus de 260.000 exemplaires; puis ce fut au tour des jeunes de Hey!Say!JUMP de balayer la concurrence avec Ultra Music Power et ses 247.000 disques vendus, pour terminer en beauté avec des KAT-TUN qui réalisèrent avec Keep the faith le meilleur démarrage de l’année, avec 350.000 copies écoulées. On est très loin des 110.000 exemplaires de Glitter et FREAKY, respectivement singles d’Ayumi Hamasaki et de Kumi Koda les plus vendus cette année. Même en fin de course, les singles des deux grandes stars d’avex restent encore loin derrière la première semaine de ces trois groupes. Mentionnons également les SMAP, dont les sorties single sont rares, mais dont on peut dire qu’ils règnent médiatiquement sur le marché tout entier, et les KinKi Kids dont le succès pérenne leur vaut de battre record sur record.

aikoMais pas besoin d’être un jeune garçon enrôlé dans un camp d’entraînement et soumis à une discipline très stricte pour remporter un grand succès au Japon. D’autres artistes, parfois infiniment moins impressionnants remportent tous les suffrages du public. Il est presque inutile de mentionner Hikaru Utada, tant même les fans les plus bornés ne peuvent pas ignorer son énorme succès, en particuler cette année où son Flavor Of Life a battu le record du monde du single le plus vendu au format numérique. On peut par contre citer aiko, qui se dispute la place d’artiste préférée des Japonais avec Hikki (eh oui ! ce n’est ni Ayumi Hamasaki, ni Kumi Koda), YUKI dont les sorties CD de ces dernières années ont rencontré un succès probant malgré une présence médiatique quasi-nulle, ou la valeur hyper-sûre DREAMS COME TRUE, qui en plus de pouvoir se targuer d’avoir interprété un des plus grands tubes de la jpop (à savoir LOVE LOVE LOVE, depuis très régulièrement repris), remporte encore un succès ahurissant, après presque 20 ans d’existence ! Dans le même style, on trouve bien sûr SOUTHERN ALL STARS et leurs 45.000.000 de disques vendus, ainsi que leur leader, l’inénarrable vieux-beau Keisuke Kuwata, dont les chansons font encore le bonheur des ménagères. Impossible, enfin, de ne pas parler de Masaharu Fukuyama, un des rares artistes solo masculin à avoir rencontré le succès à un niveau important et ce depuis le début de sa carrière en 1990. Enfin, dans la même catégorie mais sur un plan pour le moment plus ponctuel, le dernier single de YUI s’est vendu en une semaine autant que ceux des d’Ayumi et Kumi en 15 jours. Il sera en tous cas plus facile de mettre les Japonais dans sa poche au karaoke en interprétant Sobakasu de JUDY and MARY, Sakura de KETSUMEISHI, Hitomi wo tojite du très sous-estimé Ken Hirai, ou Mirai Yosouzu de Dreams Come True, qu’en choisissant Bold & Delicious ! Cependant, ces artistes ne s’inscrivent pas réellement dans un courant, et le principal phénomène musical et commercial de ces dernières années au Japon, c’est bien sûr la prédominance des groupes de (soft) rock.

Allez comprendre…
Mr.ChildrenEn tête desquels, évidemment, Mr.Children ! Depuis 1994, tous leurs singles et quasiment tous leurs albums se sont adjugé la première place des charts, avec des scores écrasant toute concurrence. Un retour sur leur profil de vente donne le tournis : 11 albums millionaires, dont 2 double-millionaires et 2 triple-milionnaires, un best-of, Mr.Children 1992-1995, qui reste plus de 250 semaines dans les classements des meilleures ventes d’albums, des singles qui ont longtemps dépassé les 500.000 exemplaires vendus, 10 singles ayant dépassé le million de copies écoulées (dont 8 successivement) … Aucune des grandes popstars féminines ne peut avancer de tels chiffres. Et Sakurai et ses amis ont fait des petits, qui sans pouvoir se targuer d’avancer des chiffres aussi impressionnants, dominent largement le marché : BUMP OF CHICKEN, KOBUKURO dont le ALL SINGLES BEST sorti il y a un peu plus d’un an dépasse les 2.500.000 copies écoulées, REMIOROMEN et leur immense tube Konayuki dont les Japonais reprennent le refrain par coeur … On trouve deux poids TRES lourds dans un genre un peu plus musclé : B’z et GLAY. B’z est tout simplement le groupe le plus vendeur de l’histoire de la musique japonaise (voire même l’un des plus gros vendeurs parmi les groupes de rock à l’échelle mondiale) grâce à plus de 70.000.000 de disques vendus. Koshi Inaba et Tak Matsumoto ont accumulé en presque 20 ans de carrière plus de records que n’importe qui d’autre au Japon : record d’albums vendus, record de singles vendus, record du plus grand nombre de singles numéro 1 à l’oricon, record du plus grand nombre de singles numéro 1 consécutifs (40 !) … Quant à GLAY, dont la première compilation avait été à sa sortie l’album le plus vendu du Japon avant la sortie de First Love d’Hikki, ils détiennent le record du plus gros concert tenu au Japon et chacune de leurs sorties est quasiment assurée du haut du classement des meilleurs ventes.

Il serait bien sûr insensé de se former une culture et des affinités en jpop uniquement en s’intéressant à ce qui marche, d’autant plus qu’il est inutile de préciser que la qualité artistique d’un produit n’est pas proportionnelle avec son succès commercial. En l’occurence, la problématique est malheureusement souvent inverse. Avec leur vision erronée du marché, les fans occidentaux vont jusqu’à se couper d’artistes intéressants, sous prétexte qu’ils n’entrent pas dans le cadre étriqué qu’ils se sont fixé. La vitalité de la communauté jpop occidentale, et par extension française, passera nécessairement par un élargissement du point de vue des gens qui la font vivre, afin de s’adapter à une réalité commerciale que beaucoup refusent encore de voir.

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Commentaires

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Actuellement : 7 commentaires
  1. Posté par yumenokatachi le 9 décembre 2007 à 18:53

    Article très interressant ^^
    Je trouvais important de préciser qu’Ayumi Hamasaki et Koda Kumi n’était pas les reines des charts bien qu’Ayumi a envoyé ses 17 derniers singles à la première place! D’ailleurs, elle a battu le record en juillet avec glitter/fated ^^

    Sinon, c’est vrai que ces derniers temps, ce sont les boy bands de Johnny’s qui squatte les charts. D’ailleurs, je comprend toujours pas pourquoi ^^”

  2. Posté par Celia le 9 décembre 2007 à 20:32

    Encore une fois, excellent article de fond.
    Je pense personnellement que la situation est en train de changer par raport aux boys band, avec une féminisation et un renouvellement du public occidental, qui se détache peu à peu du visu.
    Peu être aussi qu’avec le succès des nouvelles séries animées, un nouveau public viendra à s’intéresser à des groupes un peu plus rock, comme Ajikan ou FLOW, qui ont eux aussi des “jeues” carrières plus qu’honorables au Japon.
    Attendons, et voyons ^^

  3. Posté par N’écoutez pas les fans ! (1) : mikan music blog le 10 décembre 2007 à 13:00

    […] à suivre dans une deuxième partie consacrée cette fois aux artistes qui marchent réellement en dépit d’un désintérêt […]

  4. Posté par 41nano le 24 décembre 2007 à 22:53

    très bonne démarche et il est vrai qu’on ne peut que constater l’écrasante suprématie des Johnny’s qui depuis les SMAP règnent sur le marché de l’entertainement (et qui n’ont RIEN à voir avec le hello!project comme tu le soulignes).
    Enfin on trouve chez le public occidental (ou en tout cas pour mon expérience personnelle, sur last.fm) beaucoup de fans féminines de ces minets , qui suivent assidûment les drama dans lesquels leurs idoles apparaissent.
    Sinon tu montre bien les gros vendeurs, de aiko à misuchiru, à part peut être un gros oublie, EXILE dont tous albums/best of à l’exception du premier se sont classés numéro 1 à l’oricon et qui est à mes yeux le seul “boys band” qui “résiste” face aux Johnny’s ce qui est à souligner.

  5. Posté par AlexMomo le 5 janvier 2008 à 16:38

    Ouaip ! Y’a encore tellement d’artistes qui méritent d’être écoutés [pas forcément regardés ;)]

  6. Posté par Aoi le 7 janvier 2008 à 12:30

    Article vraiment très intéressant!!

  7. Posté par Yvan le 30 janvier 2008 à 17:15

    “La vitalité de la communauté jpop occidentale, et par extension française, passera nécessairement par un élargissement du point de vue des gens qui la font vivre, afin de s’adapter à une réalité commerciale que beaucoup refusent encore de voir.”

    En même temps, on reste tributaire des infos qui nous arrivent, il faut un minimum de buzz sur un artiste pour le découvrir sur des sites “j-popiens”.

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