Le marché ne va pas si mal !
La RIAJ a publié son traditionnel rapport annuel sur les statistiques du marché musical japonais pour l’année 2007. Petite synthèse…
Le discours officiel n’a pas changé, il est d’ailleurs le même depuis 2000/2001 : les ventes de disques continuent de baisser, et c’est un drame qu’il faut enrayer notamment en combattant le pire ennemi des maisons de disques, à savoir le piratage, d’autant que le développement du marché des téléchargements légaux ne suffit pas à compenser les pertes. Voici en substance ce qu’il faut retenir des conclusions de la RIAJ concernant l’état du marché musical japonais. Et si l’on s’en réfère aux chiffres principaux, on ne peut effectivement que constater que le déclin se poursuit, quoi que de façon plus atténuée. Pour la 9ème année consécutive la production musicale au Japon a enregistré une baisse : -4% globalement et même -9% pour les singles. Même le marché de la vidéo, jusque là en croissance, s’essouffle : la hausse de la production de DVD musicaux n’est que de 2% en 2007 par rapport à 2006. Seul le téléchargement légal, moins rémunérateur, se porte bien avec un chiffre d’affaires en hausse de 41% (cf news concernée). Sur une échelle de temps plus large, la chute de la production de singles est impressionnante : on est passé de 154 millions d’unités en 1998 à 62 millions en 2007 ! Côté albums, ce ne sont que 199 millions de disques qui sont sortis d’usine contre 302 en 1998. L’une des clés de la rentabilité légendaire du système nippon, la location, continue elle aussi à perdre de la vitesse : on passe ainsi de 6213 points de location en 1998 à 3116 seulement recensés en 2007.
De l’art d’orienter le regard sur les choses qui fâchent
Pourtant si l’on regarde les choses de plus près, tout n’est pas si noir qu’il paraît. Ainsi si la production musicale a chuté de 4% en 2007, celle d’albums japonais a pour sa part augmenté de 1%, les chiffres globaux étant plombés par la production d’albums internationaux en chute libre de 17% ! Sur le plan de la créativité quantitative non plus il n’y a pas réellement à se plaindre puisque l’on bat même des records absolus de diversité. En 2007 ce sont ainsi 2979 titres qui sont sortis en single au Japon, dont 2927 singles d’artistes japonais et 53 internationaux : des chiffres tous en hausse comparativement à 2006 et ses 2954 titres dont 2907 japonais et 47 internationaux. La hausse est encore plus flagrante concernant les albums : 16146 albums sont sortis en 2007 contre 15377 en 2006 (7004 japonais et 9142 internationaux contre 6693 japonais et 8684 internationaux en 2006). A titre de comparaison toujours, seules 599 références étaient sorties en single en 1998 : pas étonnant dès lors que les chiffres de vente moyennes de chaque single aient été bien plus élevés à l’époque qu’aujourd’hui, le pouvoir d’achat étant déjà réparti à la base sur beaucoup moins de CDs qu’aujourd’hui… A noter enfin un autre record battu en 2007, celui du nombre d’artistes ayant fait leurs débuts dans l’année : ils étaient exactement 309, contre 268 en 2006 et 170 en 1998. Les majors ont semble-t-il enfin décidé de miser sur une diversification de l’offre pour augmenter leur chiffre d’affaires global, et aussi pour mettre toutes les chances de leur côté dans leur quête d’une nouvelle grande star potentielle sur laquelle ils pourraient ensuite se focaliser…
Alors tout cela c’est bien beau, mais cela n’empêche qu’encore une fois le chiffre d’affaires global des ventes de musique au Japon a baissé, et que si la baisse se tasse un peu, c’est à un niveau sans commune mesure avec la période faste des années 1996-2000. Un cap symbolique a d’ailleurs été franchi en 2007 : pour la première fois depuis 10 ans, il n’y a pas eu de single millionnaire sur support physique, et seulement trois albums ont franchi la barre du million d’exemplaires vendus. En 2006 on comptait un single et 6 albums millionnaires, 11 albums en 2005, et même 25 albums pour 14 singles millionnaires en 2000 ! Toutefois ces constats alarmistes sont également compensés par d’autres statistiques moins médiatisées, à commencer par celle des revenus découlant de l’utilisation des chansons comme thèmes de publicités, drama, films ou anime : là aussi on va chaque année de record en record avec 4,8 milliards de yens de chiffre d’affaires sur l’année fiscale 2006 contre seulement 2,9 milliards en 1997. La pratique du “tie-up” promotionnel constitue manifestement toujours une excellente source de revenus pour les labels…
Le Japon conforte sa place de deuxième marché musical mondial
Finissons en replaçant ces statistiques dans le contexte international. Le Japon est parmi les pays industrialisés celui qui connaît la situation la moins difficile : avec une baisse de 2.9% du chiffre d’affaires annuel, le marché japonais se porte bien mieux que les USA (-13,8%), le Royaume Uni (-10.1%) et surtout la France (-14.4%). Le Japon reste le deuxième plus gros marché musical au monde derrière les USA et devant le Royaume Uni, l’Allemagne et la France; et dans un contexte international très faible, la part de marché de l’archipel augmente, passant de 15.5% en 2005 à 16% en 2006. Le Japon reste de très loin le plus gros consommateur de singles au monde : 63.2 millions de singles vendus en 2006, contre 19 millions au Royaume Uni, 18.3 en France, et seulement 2.9 aux USA ! Le Japon se classe par ailleurs deuxième plus gros consommateur au monde d’albums (197.5 millions en 2006 contre 614.9 aux USA et 164.4 au Royaume Uni) et de DVDs musicaux (18.7 millions d’unités vendues au Japon pour 22.2 aux USA). Enfin un dernier chiffre : celui des dépenses musicales moyennes par habitant. Il était de 35.28$ en 2006 au Japon, à nouveau deuxième du classement mondial contre 50.18$ par habitant dépensés chaque année au Royaume Uni, 32.05$ aux USA et 26.09$ en France.
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J’ajouterai juste un bémol concernant l’arrivée sur le marché d’un toujours plus grand nombre d’album.
Certes, cela montre qu’il y a de la créativité. Mais en même temps, il est possible de nos jours au premier venu, grâce aux avancées technologiques, de sortir un album de niveau “professionnel” (financièrement et techniquement parlant, la qualité artistique est un autre problème).
Du coup, s’il est quelque part logique que le nombre de productions augmente, cela ne veut pas dire pour autant que les artistes qui travaillent sur ces productions parviennent à en vivre, ce qui est le souci majeur des acteurs qui s’inquiètent de l’évolution du marché (celui qui fait de la musique comme hobby n’a pas grand chose à faire de la santé financière du marché du disque).
Une hausse de 41% pour le téléchargement légal, pour autant que je sache, c’est une sacrée bonne nouvelle quand même. D’accord les sommes engrangées par ce biais ne sont pas les mêmes m’enfin, les coûts de production sont autres, aussi !
On oublie aussi un peu facilement qu’une importante partie des revenus sur les sorties ne viennent pas seulement des ventes physiques ou numériques, mais aussi du karaoke… Et là-dessus j’ai beaucoup plus de mal à trouver des chiffres récents. Je ne pense pas que ça compense les ventes passées de toutes façons mais je suis certaine qu’on ne peut pas parler de crise quand même.
Il manque juste à cet intéressant article un petit paragraphe sur l’enka… comment se porte cette niche qu’on dit menacée ? Parce qu’on nous parle de crise du genre, mais les sorties enka ont tendance à bien se comporter dans les charts… Certains singles enka qui marchent ont une bien plus grande longévité dans les charts de l’Oricon par exemple, ce qui, même si leurs chiffres sont ce qu’ils sont, est quand même bon signe.
Quand on voit que quelqu’un comme Masafumi Akikawa a réussi à truster une place honorable dans les charts de l’Oricon en 2007, avec des ventes carrément pas dégueu, on a un peu envie de penser que le marché ne fonctionne pas si mal en ce qui concerne le public plus âgé, qui semble encore capable d’acheter en grand nombre.
Ah et puis pendant que j’y suis, concernant la location, je pense que la diminution des points de location est surtout due d’une part à l’offre de location en ligne (très pratique) et d’autre part à l’offre de films en Pay Per View et autres chaines spécialisées du cable et de l’internet. La musique seule ne pourra pas suffire à soutenir le marché de la location.
Une petite remarque intéressante finalement puisqu’on parle aussi des habitudes de consommation:
Selon une enquête Oricon, en 2007 le moyen le plus utilisé pour écouter de la musique était le PC, devançant non seulement le matériel Hi-Fi, mais aussi les lecteurs portables de type I-pod ou les téléphones. Quant au support préféré des auditeurs, c’est le CD qui arrivait TRES largement en tête du sondage, loin devant I-tunes ou les chaku-uta.
Juste une petite erreur que j’ai remarqué, il a belle et bien eu un single millionaire en 2007 ” Sen no Kaze ni Natte” de Akikawa Masafumi et plutôt 2 albums millionaire Mr.Children HOME et Koda Kumi Black Cherry
Nels : Les statistiques de la RIAJ ne se font pas sur la même période que celles d’Oricon, elles prennent en compte l’année civile au sens strict (1/1->31/12). Côté albums on a bien trois millionnaires en 2007 : EXILE, Mr.Children et KOBUKURO (5296, sorti le 19 décembre). Pour ce qui est de Masafumi Akikawa le single est sorti en 2006, bien que devenu millionnaire en 2007 !