Chiffres 2008 : protectionniste, le Japon sauve les meubles
Comme chaque année, voici une petite synthèse des chiffres de l’année 2008 sur le marché musical japonais, sur la base des données publiées par la RIAJ.L’année 2007 était comme les précédentes une année de baisse, mais à relativiser : la chute était en effet nettement moins marquée que dans les autres grands marchés mondiaux, essentiellement concentrée sur les CDs d’artistes internationaux, et le marché du téléchargement affichait une santé carrément insolente. En 2008, la tendance à la baisse se poursuit : la production musicale a diminué de 3.8% en valeur, la part de marché du numérique qui atteint les 20% (contre 12% en 2006) et un effet inattendu : un boom du nombre de nouveaux artistes lancés sur le marché par les maisons de disques.
Production en baisse, mais la préférence nationale s’accroît.
La production de musique japonaise (et non le chiffre d’affaires) a donc diminué de 5% en nombre de disques et de 8% en valeur, avec dans le détail une hausse de 8% de la production de videos contre une chute de 7% de la production de supports audio. Le marché du téléchargement lui, a déjà fait l’objet d’une news de détail, dans laquelle la RIAJ faisait état d’une hausse de 3% des ventes en nombre et de 20% en valeur. Le nombre total d’enregistrements audio produits a atteint en 2008 un plus bas depuis 1990 avec 303,49 millions d’unités, en chute de 35% par rapport à l’année faste 1997. L’explication est simple : le marché du téléchargement prend de plus en plus d’importance. Aujourd’hui, la musique numérique représente 20% des produits musicaux distribués en valeur, contre 65% pour les supports audio physiques et 15% pour les vidéos musicales. Sur l’ensemble des contenus musicaux distribués au Japon, 80% proviennent d’artistes japonais, le reste d’artistes internationaux. A noter également sur 2008 : une petite embellie au rayon des million sellers. En 2007 pour la première fois, aucun single n’avait franchi la barre du million d’exemplaires vendus, et seuls 3 albums avaient franchi ce cap; si 2008 n’a pas brisé la malédiction côté singles, ce sont en revanche 7 albums qui ont franchi la barre fatidique. Au téléchargement par contre, la tendance est à la baisse : de 14 million sellers en 2006 on est passé à 12 en 2007 et seulement 9 en 2008.
Comme on peut le constater, les dégâts sont relativement limités. Ce qui a sauvé le navire ? Il y a quelques années les chiffres d’affaires étaient verticaux (peu de CDs et d’artistes concentrant des ventes énormes), aujourd’hui la tendance est à l’horizontal : les ventes sont réparties sur un nombre toujours plus grand d’artistes et de CDs pour compenser le manque d’impact individuel de ceux-ci. C’est ainsi que le nombre total de références CDs singles et albums japonais sortis en 2008 dépasse pour la première fois les 10.000 unités (10.111 titres différents, en hausse de 2% par rapport à 2007). Dans le détail, la diminution du nombre de sorties singles se confirme (-2%), compensée par une hausse du nombre de sorties albums (3%). En ce qui concerne les sorties d’artistes internationaux dans l’archipel on peut par contre parler de chute libre : les sorties singles sont en chute de 28% et les sorties albums de 6% ! Quant aux sorties de DVDs musicaux, on observe une hausse de 6% avec un total de 1788 références parues en 2008. La statistique la plus impressionnante concerne toutefois le nombre d’artistes ayant fait leurs débuts dans l’année : pas moins de 512 nouveaux artistes sont à signaler, explosant le record établi l’an dernier à 378. Une hausse notamment due à un doublement du nombre d’artistes réalisant leur “seconds débuts”, c’est à dire revenant sous un autre nom, au sein d’un groupe ou dans une nouvelle maison de disques après un break. De quoi faire taire ceux qui diront qu’il ne se passe rien : il y a manifestement de plus en plus d’artistes à découvrir sur le marché japonais, même si quantité ne rime pas forcément avec qualité.
Le Japon limite les dégâts dans un marché mondial en chute libre
Terminons avec les tendances internationales, cette fois basées sur l’année 2006. Grâce à un effondrement bien maîtrisé par rapport au reste du monde, le Japon grapille des parts de marché mondiales. Le Japon consolide ainsi sa place de deuxième marché mondial avec une part de marché de 16.5% (contre 16% en 2006 et 15.5% en 2005). Le Japon reste le plus gros consommateur de singles au monde (57.6 millions, loin devant la Grande Bretagne à 11.3 millions), et le deuxième plus gros consommateur de CDs et DVDs derrière les USA. Le marché musical japonais pèse aujourd’hui 4.17 milliards de dollards, contre 7.98 miliards pour les USA, 2.7 milliards pour le Royaume Uni, 2.14 milliards pour l’Allemagne et 1.471 milliards pour la France (en chute de 19.2% !). Le Japon est également l’un des pays du monde qui consomme le plus de musique par habitant avec en moyenne 32.8$ par habitant et par an, derrière la Norvège, le Royaume-Uni et l’Autriche.
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