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DVD Tokyo Jihen - Just can't help it
Par Ananda, le 13-01-2007 à 15:52:00
On reproche parfois à Shiina Ringo de ne pas avoir renouvelĂ© avec Tokyo Jihen la qualitĂ© de ses compositions solos. Il faut reconnaĂ®tre que celles-ci Ă©taient d'une finesse dans les arrangements et d'une qualitĂ© telles qu'elles n'ont, certes, probablement jamais Ă©tĂ© atteintes depuis par la popstar. Mais l'a-t-elle vraiment cherchĂ© ? C'est en effet en live que les morceaux de Tokyo Jihen prennent toute leur mesure, comme il a Ă©tĂ© possible de s'en apercevoir lors de sa première tournĂ©e, très justement intitulĂ©e Dynamite !. Depuis, deux membres ont changĂ©, le groupe a atteint pour la première fois la première place de l'Oricon avec son album Adult après avoir Ă©tĂ© cantonnĂ© à la seconde depuis sa naissance en 2003, et est reparti sur les routes avec une tournĂ©e portant cette fois le nom de DOMESTIC! Just Can't Help It. Ringo nous avait annoncĂ© sur le blog du groupe que ce DVD ne serait pas comme les autres, voyons ce qu'il en est.


Filmé le 26 mai 2006 au NHK Hall show, le concert dure un peu moins de deux heures. Sa jaquette alléchante représente deux corps quasiment nus et huilés, enroulés dans les fils des instruments qu'ils tiennent. Pour le reste, le DVD contient 22 pistes résumant les 3 ans d'existence du groupe.

■  Prodige technique au service du visuel

TJ1
Dès le lancement du concert, un constat s'impose : ce DVD ne ressemble pas à ce qu'on a dĂ©jà pu voir et laisse une grande place à l'aspect visuel. Tout d'abord par la mise en scène extrĂŞmement soignĂ©e : les Ă©clairages sont fantastiques, le jeu de scène de la charismatique interprète fascinant, le tout mis en valeur par la dĂ©cision d'exclure de la scène tous les Ă©lĂ©ments disgrâcieux comme les moniteurs et les amplis, lui donnant ainsi un aspect théâtral, au sens architectural du terme. Ensuite, par la rĂ©alisation du DVD, et non plus du concert. En effet, celui-ci est conçu comme un clip : au lieu de nous offrir uniquement une restitution fidèle, le parti a Ă©tĂ© pris de retravailler les images du concert, offrant un cachet et une identitĂ© visuelle très particulière à chaque morceau jouĂ© par le groupe. Des sĂ©quences filmĂ©es mettant la chanteuse en scène dans des dĂ©cors variĂ©s viennent se superposer aux images du concert. MĂŞme si le pari n'Ă©tait pas Ă©vident, le travail rĂ©alisĂ© sur ce point est remarquable. Autre point notable : le concert est un vĂ©ritable dĂ©filĂ© de mode de la part de la leader du groupe qui change de tenue comme de chemise, avec toujours beaucoup de goĂ»t. Ce petit cĂ´tĂ© “mode et travaux” assumĂ©, auquel on est plus habituĂ© pour les concerts de pop pure, n'entâche en rien la crĂ©dibilitĂ© de la chanteuse, qui n'a plus grand chose à prouver.

TJ2
La sĂ©quence d'ouverture distille une poĂ©sie malsaine comme Shiina nous y a habituĂ©s. C'est en costume traditionnel qu'elle apparaĂ®t dans la vidĂ©o qui ouvre le DVD, sur le plaintif et sombre Yukiguni. En live, ce titre construit en crescendo, fait son effet et se trouve ĂŞtre encore plus inquiĂ©tant, impression rĂ©haussĂ©e par l'excellente interprĂ©tation d'une Shiina très expressive qui passe avec aisance des graves aux aigus. Sur scène, vĂŞtue de la mĂŞme manière que dans le film citĂ© plus haut, elle effectue une chorĂ©graphie avec son ombrelle, sur fond de pluie de pĂ©tales de cerisier. S'extrayant subitement de son costume, avec l'aide de deux femmes en kimono, c'est en robe bleue qu'elle enchaĂ®ne directement sur un Genjitsu wo warau dĂ©rangeant, entre folie et douleur pour son interprète qui parcourt la scène en l'emplissant de sa gestuelle sĂ©ductrice mais terriblement borderline, ambivalence soutenue par le mĂ©lange de tons bleus et rouges qui teintent la salle. L'excellence des Ă©clairages est Ă©galement à souligner lors du morceau suivant, jouĂ© dans une pĂ©nombre Ă©pileptique et verdâtre.

TJ3
Il s'agit en l'occurence de Shoujo ROBOT, et c'est sur ce titre que le travail visuel effectuĂ© sur le DVD fait vraiment grande impression. Pendant toute la durĂ©e de cette chanson purement rock qui joue sur les changements de rythme, l'Ă©cran est splittĂ© en cinq bandes verticales, chacune montrant une partie diffĂ©rente de la scène, la plupart du temps les cinq musiciens à l'oeuvre. Ces bandes sont indĂ©pendantes les unes des autres et le dynamisme gĂ©nĂ©rĂ© par ce procĂ©dĂ© est inouĂŻ. Le titre est Ă©galement l'occasion pour Shiina de se saisir de sa guitare, ce qui ne l'empĂŞche pas de fournir une performance vocale particulièrement convaincante et Ă©nergique. Le très speed Kabuki est l'occasion pour les quatres musiciens, comme sur l'album, de faire preuve de leur maestria, chacun leur tour mis à l'honneur, nimbĂ©s d'un halo rouge. Ceci est complĂ©tĂ© par de frĂ©quents zooms et arrĂŞts sur images venant marquer les moments forts. MĂ©langeant sĂ©quences live et sĂ©quences filmĂ©es dans un environnement apocalyptique, Himitsu fait à son tour merveille et conclut la première partie du concert, très chargĂ©e, en beautĂ©.

■  Prodige technique au service de l'Ă©motion

Pour redonner un peu de lĂ©gèretĂ© au show a Ă©tĂ© incluse la reprise de la chanson The lady is a tramp de Frank Sinatra, Sono onna fushidara ni tsuki. Celle-ci est une parfaite reprĂ©sentation de la personnalitĂ© dĂ©jantĂ©e, voire instable, que renvoie le personnage Shiina Ringo. L'interprĂ©tation, moins explosive que sur le single, est un peu dĂ©cevante, bien que s'accordant bien à l'image vieillie, en noir et blanc.

TJ4
Le contraste avec le morceau prĂ©cĂ©dent a beau ĂŞtre flagrant, on ne garde pas un souvenir impĂ©rissable de Nyuusui negai, sombre ballade rock jazzy, magrĂ© une interprĂ©tation irrĂ©prochable de souffrance de la chanteuse. Le psychĂ©dĂ©lique inĂ©dit MIRROR BALL fait meilleure impression avec ses riffs rĂ©tros et ses vocalises 60's. La mise en scène fleure bon l'acide avec ses dĂ©doublements, ses couleurs louches, les passages projetĂ©s sur une boule à facette en fondu enchaĂ®nĂ©. Le fouillis kalĂ©idoscopique particulièrement soignĂ© de la rĂ©alisation donne une fois de plus cete impression que l'on regarde autant un clip qu'une prestation live et Ringo est particulièrement charismatique à la guitare.

TJ5
Venant conclure l'album Adult, Tegami est une ballade particulièrement poignante dans laquelle la maĂ®trise vocale de la chanteuse, au mieux de sa forme, fait corps avec une instrumentation de toute beautĂ©. Ses dĂ©chirantes montĂ©es dans les aigus doivent beaucoup à un accompagnement de très haut rang. La version live permet de rĂ©aliser à quel point l'ex-chanteuse solo a toujours su bien s'entourer tant le talent des autres membres du groupe est ici transcendĂ©. L'accompagnement sobre et binaire à la basse du dĂ©but du premier couplet ne laisse en rien prĂ©sager du feu d'artifice musical du refrain qui constitue sans aucun doute le climax Ă©motionnel du concert. Le montage est cette fois bien moins nerveux, et seules quelques cut-scenes montrant Shiina interprĂ©tant son morceau au bord d'une falaise surplombant une mer glacĂ©e viennent faire irruption. Entre retenue et effusions, Shiina est tout simplement magnifique dans ce titre tellement fort qu'il en devient Ă©prouvant, et qui plus est, très loin d'ĂŞtre Ă©vident.

■  Prodige technique au service du fun

TJ6
ImmĂ©diatement après s'effectue un total changement d'ambiance : il aura suffit de Service, exercice musical barrĂ© s'il en est pour que Ringo rĂ©ussisse à faire danser un guitariste, un pianiste, un batteur et un bassiste sur la mĂŞme scène. Petit interlude scandĂ© dans des mĂ©gaphones, ce titre est un pur morceau de bonheur pendant lequel cette Ă©quipe de gamins trentenaires (en moyenne) semble beaucoup s'amuser. ImmĂ©diatement suit une amusante sĂ©quence de MC oĂą les membres parlent à tour de rĂ´le, avant que le batteur n'improvise une petite partie de jonglagle ... sans ballon. Pour ĂŞtre exact, un ballon est prĂ©sent mais c'est une animation sommaire rajoutĂ© en post-production ! Apparemment regonflĂ©s après un Tegami dĂ©vastateur, les membres du groupe amorcent la transition vers la seconde moitiĂ© du concert, plus lĂ©gère.

TJ7
D'inspiration garage rock, le festif C'mon let's go, en duo avec le bassiste, poursuit le show. Cependant, alors que les camĂ©ramen dĂ©guisĂ©s en sommeliers parcourent la scène, donnant un cĂ´tĂ© plus amateur à la piste sur le DVD, la chanteuse s'Ă©clipse rapidement pour laisser ses musiciens donner libre court à leur Ă©nergie, avant de revenir vĂŞtue d'un long manteau noir. Après avoir un peu gâchĂ© Blackout par des aigus braillards, elle le retire pour dĂ©voiler une charmante robe blanche 50's qui la met dĂ©licieusement en valeur, puis enchaĂ®ne. Les deux chansons suivantes, son titre phrare Honnou et la superbe ballade SUPERSTAR, souffrent des mĂŞmes faiblesses. Si sur le plan instrumental, c'est un vĂ©ritable rĂ©gal grâce au brio des musiciens, la chanteuse fait preuve d'une certaine fatigue vocale caractĂ©risĂ©e par une interprĂ©tation molle du genou.

Une ambiance de cabaret s'installe avec DYNAMITE, qui nous fait oublier les faiblesses des titres précédents. De la même manière que Sono onna fushidara ni tsuki, avec qui elle présente d'ailleurs beaucoup de similitudes, l'interprétation est dans ce concert moins effusive, pour gagner en classe. Ringo, qui exécute quelques pas de danse, est totalement irrésistible dans cette ambiance années folles et reprend du poil de la bête pour la suite.

TJ8
De fait, sur Shuraba l'interprétation qui nous est offerte dégage certes moins de personnalité que celles du début du concert, avec quelques problèmes sur les graves, mais n'en est pas pour autant dénuée d'intérêt. Sur le plan visuel, l'écran est ponctuellement séparé en deux, mais on est loin du travail effectué sur Shoujo ROBOT... Omatsuri sawagi, malgré une mise en scène rayonnante de lumière, se révèle tout juste agréable car trop anecdotique. C'est dans son rôle de folle vengeresse que Shiina retrouve tout son talent et poursuit avec l'excellent Kenka joutou. L'énergie initiale du titre est parfaitement retranscrite, au prix du sacrifice d'un peu de justesse superflue ici. C'est sur ce titre que se termine officiellement le concert.

TJ9
Il ne faut cependant pas attendre bien longtemps avant de voir les membres du groupe revenir en scène pour les rappels, visiblement ravis. MĂŞme dans la traditionnelle tenue streetwear des “encore”, Shiina est à son avantage pour entamer la dernière partie du spectacle. Que ce soit dans l'Ă©nergie avec le très bon Toumei ningen, dans une ambiance plus feutrĂ©e avec une version jazzy de Marunouchi SADISTIC ou dans la nostalgie avec la très belle et nostalgique ballade Rakujitsu, ces rappels sont absolument indispensables pour prolonger le plaisir. La voix de la chanteuse est plus reposĂ©e, la tension accumulĂ©e au cours des premiers morceaux, plutĂ´t lourds, a enfin pu ĂŞtre relâchĂ©e et les trois titres sont superbement interprĂ©tĂ©s. Voilà une bien belle manière de quitter la scène.

Avoir voulu moderniser le DVD sans perdre l'essence du live était un pari, le risque d'arriver au final avec un produit totalement artificiel n'étant pas des moindres. Seulement, entre l'excellence des musiciens, le talent et le charisme de Shiina Ringo, la mise en scène absolument époustouflante (d'autant plus pour un concert de rock, bien que cette classification soit un peu erronée) et le travail effectué sur le film en lui-même, ce DVD devient tout simplement un must have. Finalement, le seul vrai reproche qu'on pourra lui faire tient au fait qu'il s'appuie énormément sur la personnalité de l'interprète, et que ceux qui n'aiment pas Shiina Ringo y resteront allergiques, mais tous les autres peuvent foncer ...

Illustrations © Toshiba-EMI
Note : 9/10
DVD Tokyo Jihen - Just can't help it
Tokyo Jihen - Just can't help it : Cover
Sortie le 06-09-2006
Infos : TOBF-5497 - 4200 ¥
Tracklist : DVD :

01- Yukiguni
02- Genjitsu wo warau
03- shĂ´jo ROBOT
04- Kabuki
05- Himitsu
06- Sono onna fushidara ni tsuki
07- Genjitsu ni oite ~ Kao
08- Nyuusui negai
09- MIRROR BALL
10- Tegami
11- SERVICE
12- C'm'on Let's go!
13- BLACKOUT
14- Honnou
15- SUPERSTAR
16- DYNAMITE
17- Shuraba
18- Omatsuri sawagi
19- Kenka Joutou
20- Toumei Ningen
21- Marunouchi SADISTIC
22- Rakujitsu
 

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