mikan music reviews
album Bentley Jones - TRANS//LATION ~Jpop Dance Covers~
Par Shito, le 15-04-2009 à 21:50:00
Voici finalement arrivée l'heure du verdict quant au fameux cover album de Bentley Jones, qui aura au moins réussi à attirer l'attention des fans occidentaux à défaut de briller dans le top Oricon. Star de la scène remix club britannique, Bentley Jones est également un authentique fan de musique japonaise qui a décidé de donner libre court à sa passion en travaillant sur un projet d'album de reprises au succès loin d'être garanti, et avec le risque de perdre au passage une bonne part de sa crédibilité sur la scène internationale. L'intention est évidemment tout à fait louable, mais les bonnes intentions ne servent à rien si elles ne sont pas suivies d'un minimum d'intérêt artistique...

Depuis quelques années, les projets de cover albums pleuvent sur le Japon comme les scandales sur la carrière de Britney Spears : le plus souvent c'est beaucoup de bruit pour rien... Peu d'entre eux en effet sortent du lot en proposant des morceaux réellement revisités, réarrangés, réinterprétés. Citons tout de même parmi les projets réussis les trois premiers albums de Sotte Bosse (dans un style bossa/electro-pop/lounge), ou ceux de Scott Murphy et ALLISTER (dans un registre punk californien), bien que ceux-ci souffrent d'un défaut commun : un excès d'homogénéité à l'origine d'une rapide lassitude. Bentley Jones débarque donc sur un terrain miné, d'autant que pour le coup il s'attaque à de vrais gros tubes Jpop féminins, un exercice particulièrement compliqué. Les premiers extraits de ses travaux pour cet album s'étaient révélés surprenants, avec une qualité de production bien supérieure à la moyenne, mais laissaient également craindre qu'il ne tombe dans une caricature... Quelqu'un a dit "so gay" ?

■  La clĂ© de la rĂ©ussite, ce n'est pas la crĂ©dibilitĂ© technique (encore que)...

En ce qui concerne la production pour commencer, le résultat final est tout à fait à la hauteur de ce que les extraits laissaient présager. On est à des années-lumières au dessus du standard de la dance japonaise, sans parler du standard des cover albums Jpop, et bien que ce soit la moindre des choses à attendre de la part d'une pointure internationale de la musique électronique, c'est fichtrement agréable. Les synthés sont riches, les effets nombreux et travaillés, les nappes sont harmonieuses et ne donnent pas l'impression de sortir d'un clavier bontempi, et les beats sont tout à fait dignes de ce nom, en tout cas pour des morceaux de ce genre. En clair, la crédibilité technique de l'artiste est incontestable, et dans un registre qui reste 100% dance music l'album a en plus le mérité d'être très, très varié.

Côté chant, les choses sont bien plus compliquées. Bentley reprend des standards kitchissimes de la pop féminine, avec une voix claire et maîtrisée soumise à reeverb et vocoder dans tous les sens, toujours très bien dosés. En tout cas c'est ainsi que l'on décrira techniquement la chose, car en pratique, le rendu n'a rien à envier aux vocals des morceaux de David Guetta... ou de nos bons vieux boys band. Le décalage est assez déroutant de prime abord lorsque l'on entend ce chant sur ces morceaux Jpop féminins que l'on a écouté massivement pendant des années, des morceaux à l'interprétation souvent très aiguë sinon carrément braillarde à l'origine. A cela s'ajoute un petit accent occidental pas forcément dérangeant mais clairement perceptible dans la prononciation japonaise, qui à ce titre rend les deux morceaux en anglais clairement plus faciles à digérer que le reste. Dépasser ce décalage est en tout cas loin d'être chose évidente, et force est d'avouer que sans cela il sera difficile pour l'auditeur de se plonger complètement dans cet album... Pourtant à l'inverse, une fois le cap passé, là encore le constat est très positif : Bentley fait avec ce qu'il a et ce qu'il a ne plaira pas forcément à tout le monde, mais là encore, il le fait incontestablement très bien, et en totale cohérence artistique avec ses choix en termes d'arrangements.

■  ...c'est la passion !

Le point le plus bluffant reste toutefois l'état d'esprit. Il se dégage de cet album un étonnant "esprit Jpop". Les compositions originales ont été respectées sans être calquées, l'interprétation est engagée et n'a pas peur d'aller dans les mêmes excès que ceux des chansons originales, les sonorités sont fraîches. Mais surtout, l'intégralité des pistes du CD donne à 100% la priorité à la mélodie. Bentley Jones nous expliquait en effet que ce qui lui plaît particulièrement dans la production musicale japonaise, c'est cette prédominance donnée à la mélodie sur la rythmique, contrairement aux standards occidentaux. Et force est de constater qu'il a vu juste, car jamais une quelconque composition occidentale ou un quelconque remix occidental réalisé pour un interprète japonais n'aura autant "sonné Jpop".

Dans le détail, on savourera d'entrée un excellent remake de Sunao ni naetara, rebaptisé FINAL NIGHT, dans une veine house entraînante aux accents disco affublés de percussions résonnantes et de paroles en anglais qui rendent carrément bien. Le Tsuyoi hakanai monotachi de Cocco est méconnaissable, transformé en morceau trancy à la fois fun et planant qui dégage un petit quelque chose de Tetsuya Komuro dans les nappes de synthé. Dans le genre fun, il n'a toutefois pas la même efficacité que l'excellente reprise du Kibun joujou↑↑ de mihimaru GT, dont les raps sont certes un peu ridicules mais dont l'accompagnement et les refrains font mouche : Bentley aurait presque rendu ce titre plus Jpop que sa version originale. Le Don't Wanna Cry emprunté à Namie Amuro est un peu maladroit, bouffant à tous les râteliers avec notamment un arrière goût d'eurobeat carrément dépassé; à la décharge de l'artiste, la composition originale est fadasse et bancale, avec des paroles pour la plupart concentrées sur les 4 premiers temps de chaque mesure : difficile d'en faire quelque chose de fluide... Avis partagé quant au Gekkou de Chihiro Onitsuka, un morceau trance uplifting typique des productions européennes du début du siècle, qui est irréprochable en tant que tel mais dénature bien sûr complètement l'émotion déchirante de la piste originale, ce qui est dur à avaler. DRAMATIC a tout de la ballade Johnny's qui aurait été arrangée par HΛL et devrait plaire aux amateurs du genre, il y en a sans doute.

Passé un interlude au concept bilingue simplet sauvé par son côté club toujours aussi bien produit, on tombe sur une reprise du DEPARTURES de globe qui sonne vraiment comme un hommage à l'originale : la patte Komuro reste dans l'utilisation de certaines notes de synthé éparses, et en même temps l'ambiance est définitivement plus dance, rappelant les sacro-saints remixes des tubes de l'âge d'or d'Ayumi Hamasaki. En parlant d'Ayu, la piste la plus réussie est probablement la reprise de Depend on you. On sait Bentley Jones grand fan de la popstar, et ça se sent à chaque seconde du morceau, qui emprunte avec un savoir-faire évident tout un tas d'ingrédients à tout un tas de morceaux de la discographie d'Ayu, des riffs de guitare électrique aux cymbales en passant par les scratchs synthétiques sur les notes chantées typiques là encore de bon nombre de remixes d'Ayu. Cerise sur le gâteau : les paroles en anglais collent à merveille à la compo : une réussite ! Le WHITE LOVE de SPEED a beaucoup en commun avec l'originale, dont le tempo a été à peine accéléré et les arrangements synthétisés, pour un résultat très honnête. Moins enthousiasmant, Haru ennuie un peu, mais la plus grosse surprise du CD gardée pour la fin nous réveille très vite : le GLAMOROUS SKY de Mika Nakashima, l'un des derniers vrais succès commerciaux en matière de rock féminin écrit et composé par HYDE, se transforme en hymne trance uplifting midtempo qui réussit même à être chargé d'une certaine émotion. On sent en tout cas clairement le pied que prend Bentley à chanter ce titre. En fait on le sent même tellement que l'intermède absolument kitschissime où Bentley fait chanter une pseudo foule derrière lui ("Come on, issho ni utaou !", "Yeah, let's go !") en l'acclamant d'un "wooo sugoii !" serait presque touchant !

Si l'on prend cet album pour ce qu'il est, à savoir un cover album, alors le pari est indiscutablement gagné pour Bentley : qu'il s'agisse de la qualité de production, de la réappropriation des morceaux, de la variété des arrangements ou de l'interprétation, globalement le boulot est indéniablement réussi. Mieux : ce CD transpire le respect et la passion, il est empreint d'une atmosphère typique de la production Jpop, et l'interprétation possède ce petit côté kitsch et atypique qui est aussi celui qu'aiment les fans occidentaux de musique japonaise. Si bien qu'au final ce disque est probablement l'un des projets de cover albums les plus réussis sortis à ce jour sur le marché japonais. En tant qu'album dance, là aussi le CD tient parfaitement la route dans un registre très gay friendly, avec un privilège accordé à des sonorités un peu oldies, en nostalgie probable des plus belles heures du genre au tout début du siècle. Reste donc ce fameux décalage à dépasser, celui d'une voix de boys band sur des morceaux que l'on a assimilé de longue date comme des tubes féminins braillards et suraigus. Une fois chose faite, et ce ne sera pas facile pour tout le monde, il n'y a plus qu'à apprécier, et si certains morceaux sont plus inspirés et fédérateurs que d'autres on passe globalement un très bon moment. Souhaitons que la qualité du travail fourni sur ce CD donne à Bentley Jones l'occasion de présenter maintenant des compositions originales, que l'on écoutera avec curiosité !

Commander TRANS//LATION sur CDJapan et Yesasia.
Note : 8/10
album Bentley Jones - TRANS//LATION ~Jpop Dance Covers~
Bentley Jones - TRANS//LATION ~Jpop Dance Covers~ : Cover
Sortie le 25-03-2009
Infos : TOCT-26799 - 2190¥
Tracklist : 01- Sunao ni naretara ~FINAL NIGHT~ (JUJU feat.Spontania)
02- Tsuyoi hakanai monotachi (Cocco)
03- Kibun joujou↑↑ (mihimaru GT)
04- Don't wanna cry (Namie Amuro)
05- Gekkou (Chihiro Onitsuka)
06- DRAMATIC (YUKI)
07- TRANS//LATION ~Interlude~
08- DEPARTURES (globe)
09- Depend on you ~Depend on me~ (Ayumi Hamasaki)
10- WHITE LOVE (SPEED)
11- Haru ~SPRING~ (Hysteric Blue)
12- GLAMOROUS SKY (NANA starring MIKA NAKASHIMA)
 

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